La valorisation de la parole des anciens en dehors des espaces culturels balisés n’était auparavant pas à l’ordre du jour. Cela semble changer.... Mais quelle relation entretenons-nous aujourd’hui avec nos « vieux »....
Un écrivain public, qu’est ce que c’est ? ça existe encore ? Un homme public, une femme publique, un mercenaire de l’écriture mais qu’est ce qu’il vient faire chez les personnes âgées, dans nos villes et cités. On ne faisait pas de faute à cette époque-là. On était bien éduqué pas comme ces jeunes d’aujourd’hui que l’on ne voit que pour faire la photo de famille annuelle ou pour demander quelques argents... mais, il est également biographe. Ah, il pourrait peut-être parler de moi pour que l’on ne m’oublie pas !
Loin d’être caricaturales ces quelques remarques sont à la base des motivations individuelles et collectives des personnes âgées ou de leurs enfants qui font appel à ce médiateur familial que devient aujourd’hui l’écrivain public. Le biographe écrivain privé est un terme à la mode mais ce terme est en soi source d’individualisme, d’égo littéraire. Il va à l’encontre du processus de création de lien social et familial qui va être au cœur de l’action de médiateur social intergénérationnel que peut devenir l’écrivain public. Comment un des plus vieux métiers du monde peut-il insuffler une dynamique de dialogue intergénérationnel dans la famille dans la société ?
La mémoire familiale est une source de lien social et familial si elle est considérée comme telle dès le départ de l’aventure biographique, de la collecte du récit de vie. La demande individuelle biographique est rarement formulée dans l’objectif de faire participer l’ensemble des membres d’une famille mais l’attente est là, informulable car elle remettrait en cause sa propre construction familiale. Loin de l’hagiographie, la collecte et mise en forme de la mémoire doit faire participer l’ensemble des générations pour que le récit, l’écrit devienne le prétexte au dialogue, le prétexte à la transmission de valeurs individuelles et collectives. Historien, sociologue, animateur intergénérationnel, la multicompétence est inhérente à cette activité, et l’écoute le cœur de la réussite. Les enfants coupés de leurs origines familiales ont souvent du mal à se projeter dans l’avenir. Une écriture intergénérationnelle peut répondre à ce handicap.
Un tiers-acteur peut permettre de renouer un dialogue. L’objet du travail de l’écrivain public est de faire bouger, le corps familial, pour le faire mûrir, grandir et créer du lien. Du corps familial au corps social, il n’y a qu’un pas tant l’attitude de l’écrivain est au cœur de l’action. Face au délitement du corps familial, face au délitement du corps social dans l’environnement institutionnel des personnes âgées, l’action des écrivains publics peut donner aux institutions d’hébergements, d’animations des personnes âgées un prétexte à une meilleure interconnaissance entre les acteurs des soins physiques et psychologiques et les résidents. Un récit de vie mis en valeur dans une institution induit une meilleure connaissance des individualités, une meilleure reconnaissance des parcours et richesses, un meilleur respect entre les acteurs du dialogue, soignants, personnes âgées, personnels de services. Chaque « vieux » a sa valeur que l’on peut mettre en avant dans l’institutions mais également auprès des écoles, collèges, lycées, des centres sociaux, des maisons de quartier. La personne âgée peut devenir un acteur du maillage social, la transmission de son savoir le prétexte pour créer un lien intergénérationnel, un prétexte pour redonner un rôle social à de nombreuses personnes en situation d’exclusion intellectuelle et physique. (ex service de long séjours, maisons de retraite)
Le rôle de l’écrivain public en dehors de l’aspect purement technique de l’écriture est d’être un outil au service d’une politique de création de lien social, voire même en être à l’initiative. Comme il faut éduquer chaque acteur de la famille à écouter et participer à une œuvre collective, l’écrivain public peut, en s’appuyant sur les multiples réseaux d’acteurs de la gérontologie, association, réseaux d’encadrement de la jeunesse, être à l’origine d’un développement d’un lien, d’une action intergénérationnelle au prétexte de la collecte et de la valorisation de la mémoire des aînés. Le travail s’effectue en deux temps, éduquer les corps intermédiaires, les former à l’intergénérationnel à travers le prétexte de constitution d’un corpus en présence des jeunes et anciens ; créer un certain nombre d’animation culturelle atour de la valorisation de ces récits avec l’aide des jeunes et anciens qui y ont participé. L’objectif : faire que chacun reconnaisse l’autre comme un acteur à part entière d’un projet commun, faire vivre l’ensemble dans sa commune, redonner un rôle social, donner l’impulsion à la collectivité pour que les corps intermédiaires, association, clubs, animateur des jeunes et anciens puissent continuer la démarche en diversifiant le projet. L’écrivain public doit ensuite s’effacer pour laisser vivre les acteurs intergénérationnels, les créateurs de liens.
L’inter-génération est un projet politique local, l’écrivain public en étant l’outil. Tout le travail sur la collecte et la valorisation de la mémoire de la Libération devant les jeunes sarcellois, Mémoire de la Libération là où habitaient les habitants de sarcelles d’aujourd’hui est partie de ce principe. Ce travail intergénérationnel de Mémoires et Culture Croisées continue en 2006 à travers un nouveau travail sur le parcours migratoire de l’ensemble des comnunautés qui forment aujourd’hui la population de sarcelles. L’histoire de là-bas à ici, racontée par les aînés sarcellois devant les jeunes et mis en valeur par ces mêmes jeunes.
L’Education Nationale, du CE2 à la Terminale, est également un champ d’intervention où l’intergénérationnel devient un atout pédagogique au service des professeurs et élèves. L’outil biographique, la présence d’un aîné relatant son expérience personnelle et professionnelle permet aux professeurs d’incarner un savoir à transmettre (notamment dans les matières suivantes, français, histoire, éducation socio culturelle, arts plastiques). La narration d’un récit de vie permet aux élèves de faire chaire les mots et maux des aînés, de comprendre qu’ils peuvent également poser ces questions auprès de leurs familles.
Le travail, 100 témoins-100 écoles, actuellement mené avec des migrants retraités d’origines francophones au sein de lycées et collèges sur l’ensemble du territoire, se veut un outil de développement de réflexions, d’études sur le parcours migratoire et les difficultés d’intégration. Un des objectifs de l’intervention des aînés au sein de l’Education Nationale est de faire comprendre que les processus migratoires sont de tous ordres pas uniquement Sud/Nord, que les problématiques liées aux migrations et aux conflits sont malheureusement communes à l’humanité ; de réfléchir sur les modes de représentations des migrants (à travers la presse, les livres) ; de réfléchir sur son propre environnement ; d’où viennent mes camarades en classe. La recherche de témoins volontaires par le tissus associatif français, ou local est ici indispensable à la réussite du projet pour l’ancrer dans un territoire.
Familles, collectivité locale, Clic, institution scolaire, centres sociaux, maisons de quartier, résidences de retraites, hôpitaux, autant de terrains d’interventions où il est nécessaire de proposer des politiques d’actions intergénérationnelles, des actions de resocialisation des aînés mais également des jeunes grâce aux aînés...
Mais vous n’êtes plus écrivain public me direz-vous ? Si, le texte est le prétexte à la création de lien social, l’écrivain public est devenu un technicien et praticien de l’écoute, un médiateur de citoyenneté...
Mais quelle est votre légitimité pour devenir cet acteur intergénérationnel ? Le plaisir de créer du lien, de respecter chaque acteur et de donner un rôle social à tous.... Le plaisir de faire un métier de service public, d’œuvrer à un socle commun de solidarité intergénérationnelle....
A bientôt...
Frédéric Praud
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Présentation précédente...
Dans le cadre d'une " collecte de la mémoire du siècle passé ", mon activité au sein de plusieurs institutions de retraite, collectivités, consiste à effectuer un travail d'animation, d'interview des personnes âgées, résidents, de réécriture et de mise en forme des récits. Je travaille avec des groupes de deux à trois personnes, à partir de thèmes variés : l'évolution du rôle et statut des femmes, le système de santé à travers le siècle, les conditions du travail, les vacances, les grèves, le droit de vote, les évolutions techniques, l'hygiène, l'histoire d'une ville, la vie à la campagne et les grands événements du XX siècle… La collecte de la mémoire du siècle peut être considérée comme un prétexte pour mener à bien un travail de fond sur la mémoire individuelle et collective.
Le travail en groupe permet d'aborder un sujet dans sa globalité sans entrer dans l'intimité des participants, ce qui favorise un débat constructif. Il est évident que chaque thème permet d'aborder transversalement la vie des résidents dans le siècle, à travers leurs expériences personnelles et professionnelles. Donner à chacun une retranscription manuscrite de ses propos favorise l'investissement dans la démarche. Les familles peuvent ainsi bénéficier du travail réalisé. Il faut insister préalablement à l'entretien et lors de l'entretien sur le fait que les récits seront écrits et personnalisés car la conservation du patrimoine familial ou communautaire est source de motivation.
Ce type d'intervention dépasse le simple travail technique sur la mémoire. Il permet à des personnes d'exprimer, de verbaliser des connaissances, un parcours, de se redonner confiance dans sa capacité à se remémorer ses souvenirs. De nombreuses personnes arrivent à l'entretien en soulignant qu'elles n'ont rien à dire, que leur vie a été commune. Un entretien qui démarre avec ces quelques remarques sera riche car sans idée préconçue, sans discours déjà élaboré sur sa place dans la société. Ces personnes n'ont pas un rang, une situation sociale, à garder ou a sauvegarder. Elles viennent alors avec leur cœur et se laissent guider à travers les questions de l'intervieweur. Elles veulent revivre et décrire leur activité professionnelle et familiale avec une grande franchise. Elles peuvent ainsi se libérer d'un certain nombre de commentaires et retrouver une dignité d'acteur ou d'actrice. Les entretiens s'effectuent de façon chronologique et thématique. On aborde ainsi tous les événements du quotidien qui depuis l'enfance ont amené chacun à travailler dans telle ou telle activité, dans une ville précise et à y résider jusqu'à la retraite.
Une préparation peut permettre aux personnes âgées de sensibiliser les familles à la démarche de recueil des mémoires et ainsi se préparer à l'entretien. Après la collecte des récits vient de temps de l'écriture et de l'attente du résultat. Un mois se passe ainsi et les personnes âgées sont en attente de leurs textes. Il faut alors préparer la nécessaire réappropriation des récits écrits car la plupart des interviewés sont surpris de voir ainsi leurs propos manuscrits. Il faut alors laisser les textes entre les mains de leur " propriétaire " pendant au minimum une semaine à quinze jours avant une éventuelle rencontre pour la correction avec le rédacteur.
Les personnes n'ayant pas eu d'activité professionnelle liée à l'écrit recorrigeront peu le texte, mais une rencontre est quand même nécessaire pour accompagner la démarche jusqu'au bout, pour les remercier de leur collaboration. Les personnes ayant eu une activité intellectuelle au cours de leur carrière mettront un point d'honneur à corriger les récits mais sans en changer la nature. Il est toutefois difficile de généraliser un comportement car la nature et la qualité des relations entre les personnes et le prescripteur ont une influence sur le comportement de chacun une fois le texte écrit.
Le cœur de ce type de prestation est l'écoute. Les entretiens ne peuvent se suffire à eux-mêmes. Ils sont un moment privilégié d'échange mais l'éventuelle publication des récits et toute autre utilisation donne une autre dimension à cet échange de propos, une dimension sociale, un rôle actif dans la transmission de savoir, de valeurs véhiculées par le quotidien.
En dehors de cette démarche spécifique vers les institutions, mon activité d'écrivain public biographe s'adresse aux particuliers. Nous savons l'importance donnée à la mémoire dans toute famille, mais de trop nombreux proches de préretraités et retraités ignorent la vie et les combats qu'ils ont menés. Il n'y a jamais de petites histoires. Il y a l'histoire d'une vie et les leçons que chacun peut en tirer sont essentielles à la construction de la personnalité des jeunes générations. L'objet de mon travail est de permettre à toute personne désireuse de léguer son histoire, de mener à terme ce projet. D'une confidentialité absolue, ce travail s'appuie sur la volonté de mettre en avant l'histoire personnelle de chaque citoyen, mère de famille, salarié(e), auprès de son entourage, de son association, de sa municipalité.
Mettre en phrases les réalisations et maux d'une vie permet souvent à la famille de reconstruire une solidarité quelquefois mise en péril par le manque d'informations, de connaissances sur ses propres origines. Ce travail peut se faire à tout moment de la vie. Mais il reste essentiel quand la famille s'agrandit, quand les petits-enfants et arrière petits-enfants font leur apparition, quand ils n'ont plus conscience de la réalité des combats passés.
Offrir à un retraité la possibilité de "Tourner la page" sur son épopée est un élément de cohésion sociale pour l'ensemble des habitants d'une commune. L'élaboration d'un ouvrage sur l'identité personnelle, voire même professionnelle d'un retraité peut s'effectuer à tout moment de la vie. L'essentiel est le respect dû à chaque histoire individuelle.
Tout homme ou femme, pour aider son enfant à grandir cherche à savoir, à poser les questions vitales de son origine à ses propres parents. Ils ne sont pas nombreux à avoir des réponses car elles nécessitent souvent l'intervention d'une écoute extérieure neutre pour aller vers... et parler de... l'essentiel : "l'amour des siens".
Un écrivain public, qu’est ce que c’est ? ça existe encore ? Un homme public, une femme publique, un mercenaire de l’écriture mais qu’est ce qu’il vient faire chez les personnes âgées, dans nos villes et cités. On ne faisait pas de faute à cette époque-là. On était bien éduqué pas comme ces jeunes d’aujourd’hui que l’on ne voit que pour faire la photo de famille annuelle ou pour demander quelques argents... mais, il est également biographe. Ah, il pourrait peut-être parler de moi pour que l’on ne m’oublie pas !
Loin d’être caricaturales ces quelques remarques sont à la base des motivations individuelles et collectives des personnes âgées ou de leurs enfants qui font appel à ce médiateur familial que devient aujourd’hui l’écrivain public. Le biographe écrivain privé est un terme à la mode mais ce terme est en soi source d’individualisme, d’égo littéraire. Il va à l’encontre du processus de création de lien social et familial qui va être au cœur de l’action de médiateur social intergénérationnel que peut devenir l’écrivain public. Comment un des plus vieux métiers du monde peut-il insuffler une dynamique de dialogue intergénérationnel dans la famille dans la société ?
La mémoire familiale est une source de lien social et familial si elle est considérée comme telle dès le départ de l’aventure biographique, de la collecte du récit de vie. La demande individuelle biographique est rarement formulée dans l’objectif de faire participer l’ensemble des membres d’une famille mais l’attente est là, informulable car elle remettrait en cause sa propre construction familiale. Loin de l’hagiographie, la collecte et mise en forme de la mémoire doit faire participer l’ensemble des générations pour que le récit, l’écrit devienne le prétexte au dialogue, le prétexte à la transmission de valeurs individuelles et collectives. Historien, sociologue, animateur intergénérationnel, la multicompétence est inhérente à cette activité, et l’écoute le cœur de la réussite. Les enfants coupés de leurs origines familiales ont souvent du mal à se projeter dans l’avenir. Une écriture intergénérationnelle peut répondre à ce handicap.
Un tiers-acteur peut permettre de renouer un dialogue. L’objet du travail de l’écrivain public est de faire bouger, le corps familial, pour le faire mûrir, grandir et créer du lien. Du corps familial au corps social, il n’y a qu’un pas tant l’attitude de l’écrivain est au cœur de l’action. Face au délitement du corps familial, face au délitement du corps social dans l’environnement institutionnel des personnes âgées, l’action des écrivains publics peut donner aux institutions d’hébergements, d’animations des personnes âgées un prétexte à une meilleure interconnaissance entre les acteurs des soins physiques et psychologiques et les résidents. Un récit de vie mis en valeur dans une institution induit une meilleure connaissance des individualités, une meilleure reconnaissance des parcours et richesses, un meilleur respect entre les acteurs du dialogue, soignants, personnes âgées, personnels de services. Chaque « vieux » a sa valeur que l’on peut mettre en avant dans l’institutions mais également auprès des écoles, collèges, lycées, des centres sociaux, des maisons de quartier. La personne âgée peut devenir un acteur du maillage social, la transmission de son savoir le prétexte pour créer un lien intergénérationnel, un prétexte pour redonner un rôle social à de nombreuses personnes en situation d’exclusion intellectuelle et physique. (ex service de long séjours, maisons de retraite)
Le rôle de l’écrivain public en dehors de l’aspect purement technique de l’écriture est d’être un outil au service d’une politique de création de lien social, voire même en être à l’initiative. Comme il faut éduquer chaque acteur de la famille à écouter et participer à une œuvre collective, l’écrivain public peut, en s’appuyant sur les multiples réseaux d’acteurs de la gérontologie, association, réseaux d’encadrement de la jeunesse, être à l’origine d’un développement d’un lien, d’une action intergénérationnelle au prétexte de la collecte et de la valorisation de la mémoire des aînés. Le travail s’effectue en deux temps, éduquer les corps intermédiaires, les former à l’intergénérationnel à travers le prétexte de constitution d’un corpus en présence des jeunes et anciens ; créer un certain nombre d’animation culturelle atour de la valorisation de ces récits avec l’aide des jeunes et anciens qui y ont participé. L’objectif : faire que chacun reconnaisse l’autre comme un acteur à part entière d’un projet commun, faire vivre l’ensemble dans sa commune, redonner un rôle social, donner l’impulsion à la collectivité pour que les corps intermédiaires, association, clubs, animateur des jeunes et anciens puissent continuer la démarche en diversifiant le projet. L’écrivain public doit ensuite s’effacer pour laisser vivre les acteurs intergénérationnels, les créateurs de liens.
L’inter-génération est un projet politique local, l’écrivain public en étant l’outil. Tout le travail sur la collecte et la valorisation de la mémoire de la Libération devant les jeunes sarcellois, Mémoire de la Libération là où habitaient les habitants de sarcelles d’aujourd’hui est partie de ce principe. Ce travail intergénérationnel de Mémoires et Culture Croisées continue en 2006 à travers un nouveau travail sur le parcours migratoire de l’ensemble des comnunautés qui forment aujourd’hui la population de sarcelles. L’histoire de là-bas à ici, racontée par les aînés sarcellois devant les jeunes et mis en valeur par ces mêmes jeunes.
L’Education Nationale, du CE2 à la Terminale, est également un champ d’intervention où l’intergénérationnel devient un atout pédagogique au service des professeurs et élèves. L’outil biographique, la présence d’un aîné relatant son expérience personnelle et professionnelle permet aux professeurs d’incarner un savoir à transmettre (notamment dans les matières suivantes, français, histoire, éducation socio culturelle, arts plastiques). La narration d’un récit de vie permet aux élèves de faire chaire les mots et maux des aînés, de comprendre qu’ils peuvent également poser ces questions auprès de leurs familles.
Le travail, 100 témoins-100 écoles, actuellement mené avec des migrants retraités d’origines francophones au sein de lycées et collèges sur l’ensemble du territoire, se veut un outil de développement de réflexions, d’études sur le parcours migratoire et les difficultés d’intégration. Un des objectifs de l’intervention des aînés au sein de l’Education Nationale est de faire comprendre que les processus migratoires sont de tous ordres pas uniquement Sud/Nord, que les problématiques liées aux migrations et aux conflits sont malheureusement communes à l’humanité ; de réfléchir sur les modes de représentations des migrants (à travers la presse, les livres) ; de réfléchir sur son propre environnement ; d’où viennent mes camarades en classe. La recherche de témoins volontaires par le tissus associatif français, ou local est ici indispensable à la réussite du projet pour l’ancrer dans un territoire.
Familles, collectivité locale, Clic, institution scolaire, centres sociaux, maisons de quartier, résidences de retraites, hôpitaux, autant de terrains d’interventions où il est nécessaire de proposer des politiques d’actions intergénérationnelles, des actions de resocialisation des aînés mais également des jeunes grâce aux aînés...
Mais vous n’êtes plus écrivain public me direz-vous ? Si, le texte est le prétexte à la création de lien social, l’écrivain public est devenu un technicien et praticien de l’écoute, un médiateur de citoyenneté...
Mais quelle est votre légitimité pour devenir cet acteur intergénérationnel ? Le plaisir de créer du lien, de respecter chaque acteur et de donner un rôle social à tous.... Le plaisir de faire un métier de service public, d’œuvrer à un socle commun de solidarité intergénérationnelle....
A bientôt...
Frédéric Praud
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Présentation précédente...
Dans le cadre d'une " collecte de la mémoire du siècle passé ", mon activité au sein de plusieurs institutions de retraite, collectivités, consiste à effectuer un travail d'animation, d'interview des personnes âgées, résidents, de réécriture et de mise en forme des récits. Je travaille avec des groupes de deux à trois personnes, à partir de thèmes variés : l'évolution du rôle et statut des femmes, le système de santé à travers le siècle, les conditions du travail, les vacances, les grèves, le droit de vote, les évolutions techniques, l'hygiène, l'histoire d'une ville, la vie à la campagne et les grands événements du XX siècle… La collecte de la mémoire du siècle peut être considérée comme un prétexte pour mener à bien un travail de fond sur la mémoire individuelle et collective.
Le travail en groupe permet d'aborder un sujet dans sa globalité sans entrer dans l'intimité des participants, ce qui favorise un débat constructif. Il est évident que chaque thème permet d'aborder transversalement la vie des résidents dans le siècle, à travers leurs expériences personnelles et professionnelles. Donner à chacun une retranscription manuscrite de ses propos favorise l'investissement dans la démarche. Les familles peuvent ainsi bénéficier du travail réalisé. Il faut insister préalablement à l'entretien et lors de l'entretien sur le fait que les récits seront écrits et personnalisés car la conservation du patrimoine familial ou communautaire est source de motivation.
Ce type d'intervention dépasse le simple travail technique sur la mémoire. Il permet à des personnes d'exprimer, de verbaliser des connaissances, un parcours, de se redonner confiance dans sa capacité à se remémorer ses souvenirs. De nombreuses personnes arrivent à l'entretien en soulignant qu'elles n'ont rien à dire, que leur vie a été commune. Un entretien qui démarre avec ces quelques remarques sera riche car sans idée préconçue, sans discours déjà élaboré sur sa place dans la société. Ces personnes n'ont pas un rang, une situation sociale, à garder ou a sauvegarder. Elles viennent alors avec leur cœur et se laissent guider à travers les questions de l'intervieweur. Elles veulent revivre et décrire leur activité professionnelle et familiale avec une grande franchise. Elles peuvent ainsi se libérer d'un certain nombre de commentaires et retrouver une dignité d'acteur ou d'actrice. Les entretiens s'effectuent de façon chronologique et thématique. On aborde ainsi tous les événements du quotidien qui depuis l'enfance ont amené chacun à travailler dans telle ou telle activité, dans une ville précise et à y résider jusqu'à la retraite.
Une préparation peut permettre aux personnes âgées de sensibiliser les familles à la démarche de recueil des mémoires et ainsi se préparer à l'entretien. Après la collecte des récits vient de temps de l'écriture et de l'attente du résultat. Un mois se passe ainsi et les personnes âgées sont en attente de leurs textes. Il faut alors préparer la nécessaire réappropriation des récits écrits car la plupart des interviewés sont surpris de voir ainsi leurs propos manuscrits. Il faut alors laisser les textes entre les mains de leur " propriétaire " pendant au minimum une semaine à quinze jours avant une éventuelle rencontre pour la correction avec le rédacteur.
Les personnes n'ayant pas eu d'activité professionnelle liée à l'écrit recorrigeront peu le texte, mais une rencontre est quand même nécessaire pour accompagner la démarche jusqu'au bout, pour les remercier de leur collaboration. Les personnes ayant eu une activité intellectuelle au cours de leur carrière mettront un point d'honneur à corriger les récits mais sans en changer la nature. Il est toutefois difficile de généraliser un comportement car la nature et la qualité des relations entre les personnes et le prescripteur ont une influence sur le comportement de chacun une fois le texte écrit.
Le cœur de ce type de prestation est l'écoute. Les entretiens ne peuvent se suffire à eux-mêmes. Ils sont un moment privilégié d'échange mais l'éventuelle publication des récits et toute autre utilisation donne une autre dimension à cet échange de propos, une dimension sociale, un rôle actif dans la transmission de savoir, de valeurs véhiculées par le quotidien.
En dehors de cette démarche spécifique vers les institutions, mon activité d'écrivain public biographe s'adresse aux particuliers. Nous savons l'importance donnée à la mémoire dans toute famille, mais de trop nombreux proches de préretraités et retraités ignorent la vie et les combats qu'ils ont menés. Il n'y a jamais de petites histoires. Il y a l'histoire d'une vie et les leçons que chacun peut en tirer sont essentielles à la construction de la personnalité des jeunes générations. L'objet de mon travail est de permettre à toute personne désireuse de léguer son histoire, de mener à terme ce projet. D'une confidentialité absolue, ce travail s'appuie sur la volonté de mettre en avant l'histoire personnelle de chaque citoyen, mère de famille, salarié(e), auprès de son entourage, de son association, de sa municipalité.
Mettre en phrases les réalisations et maux d'une vie permet souvent à la famille de reconstruire une solidarité quelquefois mise en péril par le manque d'informations, de connaissances sur ses propres origines. Ce travail peut se faire à tout moment de la vie. Mais il reste essentiel quand la famille s'agrandit, quand les petits-enfants et arrière petits-enfants font leur apparition, quand ils n'ont plus conscience de la réalité des combats passés.
Offrir à un retraité la possibilité de "Tourner la page" sur son épopée est un élément de cohésion sociale pour l'ensemble des habitants d'une commune. L'élaboration d'un ouvrage sur l'identité personnelle, voire même professionnelle d'un retraité peut s'effectuer à tout moment de la vie. L'essentiel est le respect dû à chaque histoire individuelle.
Tout homme ou femme, pour aider son enfant à grandir cherche à savoir, à poser les questions vitales de son origine à ses propres parents. Ils ne sont pas nombreux à avoir des réponses car elles nécessitent souvent l'intervention d'une écoute extérieure neutre pour aller vers... et parler de... l'essentiel : "l'amour des siens".
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