Café Liberté du 10 septembre 2007 : Aurélien VERON - La crise des sub-prime mortgages et la gestion monétaire
Au Café Liberté de Paris Luxembourg le lundi 10 septembre 2007 à 20h30 (accueil à partir de 20h00, exposé introductif à 20h30, débat vers 21h15.
Le débat portera sur la crise financière des sub-prime mortgages et la gestion monétaire et sera précédé d'un exposé introductif d'Aurélien VERON.
Aurélien VERON, spécialiste de la finance au sein d'une grande banque française, est vice-président d'Alternative Libérale. Il viendra nous décrire de l'intérieur le fonctionnement de la sphère financière et de la sphère monétaire lors de la gestation et du déroulement d'une crise telle que celle qui s'est déclenchée cet été. La séance se tiendra également en présence de Camille BARBIER, directeur financier d'un grand organisme du monde de la finance.
Nous débattrons des banques centrales, banques de dépot, cotations, audits, contrôles, prêts, taux de couverture, monnaie scripturale, "monnaie" fiduciaire, flux mondiaux, refinancement, bref de tous les ingrédients du monde de la finance et de la monnaie actuel, qui ont su stimuler et accompagner la croissance forte de ces décennies mais aussi ont laissé se former des investissements douteux et peut-être même une énorme bulle monétaire putative.
------------------
SYNTHESE DU DEBAT
La présente synthèse traduit le contenu du débat et l'opinion des participants du Café Liberté. Elle ne représente pas spécialement le contenu de l'exposé ni l'opinion de l'orateur.
La crise financière qui s'est déclenchée à l'été 2007 est venue d'un taux de défaillance élevé des sub-prime mortgages, les prêts immobiliers à riques aux US.
Ces sub-primes ont permi à de nombreux états-uniens peu fortunés de se lancer dans l'acquisition de leur logement via des formules de prets ou de crédit-bail consenties notamment parles banques. Les créances correspondantes ont été en partie importante titrisées et revendues à des fonds d'investissement. Puis les titres ont été revendus et de proche en proche ont été dilués au sein des actifs de nombreux fonds répartis sur toute la planète.
La faiblesse des taux d'intéret au début des années 2000 et les restrictions urbanistes grandement excessives qui frappent la plupart des agglomérations sous l'influence de lobbys divers dont des lobbys environementalistes et collectivistes, ont engendré essentiellement une hausse des prix de l'immobilier au lieu d'une croissance en volume, donnant alors une impression fallacieuse de solvabilité de nombreux emprunteurs. La remontée des taux d'intérets a frappé les prêts à taux variables utilisés pour la consommation (très présents aux USA) ou pour l'immobilier (présents de façon néglieables aux USA). Autre facteur explicatif, dont l'importance est en cours d'évaluation au sein des sub-primes défaillants : les banques US ont été contraintes de financer les prêts et crédits-baux de populations à la solvabilité risquée afin de répondre à des critères statistiques de discrimination positive aux termes de la réglementation CRA promulguée en 1977, renforcée considérablement en 1995 et largement neutralisée en 2005 à la suite de la dénonciation de certains de leurs effets pernicieux.
Ces facteurs (spirale des prix en partie artificielle, taux d'intérets revus à la hausse, risque accru par discrimination positive), associés au tassement de la croissance états-unienne et peut-être aussi une évaluation trop passive des risques financiers ont engendré un taux de défaillance élevé (de 10 à 15% seraient concernés d'ici la fin de l'année) des sub-prime mortgages ce qui a engendré un effondrement de certains fonds d'investissement et une chute des prix de l'immobilier. Sur la planête circulent ainsi 1 000 G$ de subprimes dont 10 à 15% seraient en situation de défaillance susceptibles d'engendrer dans les mois qui viennent la revente des maisons des emprunteurs ou contractants de location bail, au sein d'un marché de l'immobilier aux prix moins élevés qu'il y a quelques mois. Il semblerait donc qu'il y ait bien moins que 150 G$ de pertes pour défaillance à prévoir, ce qui est faible au regard de la masse des actifs financiers mondiaux et dérisoire au regard des volumes d'échanges financiers annuels.
Ces "modestes" dizaines de milliards d'Euros de pertes potentielles ont néammoins suffi à engendrer une crise de confiance. Ces pertes ne sont pas suffisantes pour effondrer l'économie mondiale mais elles sont potentiellement suffisantes pour engendrer la faillite de sociétés financières puissantes et tout le monde se demande dans quels fonds se trouvent actuellement les fameux sub-primes défaillants. Les banques sont donc très méfiantes y compris les unes avec les autres et ne prêtent actuellement qu'au jour le jour à leurs consoeurs et aux autres organismes financiers. Les banques de dépots ne prêtent donc plus aussi facilement leurs dépots et il y a un relatif manque de "monnaie" fiduciaire. Les hedge funds, habitués à gérer les risques relatifs à la valeur des actifs mais pas les crises de liquidité ont été pris à la gorge et certains d'entre eux ont du se séparer à vil prix de certains de leurs actifs. On peut donc prévoir une vague d'actions en justice après la crise lorsque ces fonds, sur le moment heureux de trouver les liquidités qui leur manquent cruellement, demanderont finalement à être dédommagés de la cession de leurs actifs dont le prix de transaction peut sembler excessivement faible.
Pourtant, si on s'en tient à 15% de défaillance des subprimes US, il n'y a pas de crise importante de valeur des actifs mondiaux. Si on y ajoute la chute des prix de l'immobilier, dont la dynamique des prochains mois reste à démontrer, les actifs des places boursières ont perdu quelques % de leur valeur. Donc il y a une crise importante de liquidité mais une pas de crise majeure de valeur des actifs en moyenne. Aussi les banques centrales ont consenti à assouplir durant quelques semaines leurs prêts de monnaie scripturale. Au plus fort de la crise, elles ont ainsi injecté 300 G Euros. Quelques jours après ce montant n'était plus que de 200 G Euros. Aujourd'hui il est en grande partie résorbé. Certains responsables gouvernementaux ou financiers ont appelé à évaluer rapidement l'impact des subprimes défaillants sur la valeur des fonds.
On peut néammoins se demander si la crise de sub-primes US n'est pas la partie émergée de l'iceberg, avec une gigantesque bulle monétaire qui s'est peut-être constituée depuis la fin des années 1990. En moins d'une décennie, la valeur de l'immobilier US et UE a doublé, et même triplé dans le cas de l'Espagne et de l'Irlande, deux pays qui pratiquent massivement les prêts à taux variables qui offrent une plus grande dynamique financière en période de croissance comme en période de crise. La masse monétaire M3 (monnaie scripturale + une grande partie de la "monnaie" fiduciare) de l'Euro et du Dollar a également doublé en moins d'une décennie. Une partie de cette croissance est légitime et correspond d'une part à la croissance économique des pays membres, et d'autre part à la demande de devises des économies en croissances des pays nouvellement industrialisés. Une autre partie, putative, correspond à des prêts excessifs consentis en période de taux d'intéret artificiellement bas et à la spirale illusoire de la montée des prix des actifs, notamment immobilier. Certains estiment que le pire est derrière nous, d'autres suggèrent que l'on ne serait qu'à mi-chemin des rééquilibrages des prix de l'immobilier et de la masse monétaire.
Signalons qu'il faut se garder des solutions artificielles, au moins à moyen et long terme. Ainsi dans un univers où les contraintes urbanistes restreignent artificiellement l'offre immobilière, des mesures telles que les largesses fiscales ciblées consenties aux nouveaux propriétaires de leur logement soutiennent artificiellement la demande donc poussent les prix à la hausse (sauf dans les agglomération à urbanisme souple qui croissent en volume, cf. rapport de Reason de juillet 2006), faussent les signaux naturels du marché et ne facilitent que faiblement l'accession à la propriété. En période de crise de liquidité mais aussi peut-être de réajustement structurel des prix, cela freine la baisse des prix de façon peut-être illégitime, en fait payer la facture au contribuable etne résoud pas le problème fondamental qui est un problème de réglementation excessivement restrictive de l'urbanisme, au point d'apparaitre fondamentalement attentatoire au droit de propriété.
Pour mémoire la crise de 1929 s'était déclenchée à l'issue d'une bulle monétaire liée à la transition mal maitrisée entre le système d'étalon-or i.e. "gold standard" au système "gold exchange standard" qui, là aussi avait donné l'illusion d'une capacité de prêt excessive à une époque ou des capitaux immenses revenaient des USA vers l'Europe. On trouve en 1929 une bulle monétaire d'un facteur inférieur à 2, se comptant en un pourcentage à deux chiffres de la masse monétaire. Il n'est pas exclu qu'une bulle non négligeable au regard de ces proportions soit présente en 2007 dans le système financier occidental. Néammoins l'essentiel des dégats économiques et notamment la grande récession des années 1930 provenait d'une mauvaise gestion de la crise et de la sortie de bulle, avec une crispation de la banque centrale qui avait réduit brutalement les liquidités et donc accentué gravement la crise de liquidités au lieu de l'amortir.
Cette crise de l'été 2007 pose plusieurs questions de fond aux experts du monde de la finance :
1- la gestion boursière de la titrisation et de la présence des valeurs titrisées au sein des fonds d'investissements (meilleure évaluation de la valeur et des risques, identification rapide en cas de défaillance etc.),
2- la gestion du risque de prêt et location-bail immobilier en marché fortement contraint e.g. par l'arbitraire des règles d'urbanisme devenues absurdement restrictives sous l'influence des lobbys notamment écologistes et collectivistes,
3- la passivité structurelle de certaines évaluations au coeur des notations calculées par les organismes de notation tels que Standard & Poors, Moddy's et Fitch Ratings, et l'absence apparente de notations complémentaires tenant compte de risques de réévaluation des prix et de risques face aux crises de liquidité,
4- les effets pervers de la discrimination positive e.g. réglementations CRA qui prétendaient respecter le principe de précaution financière quant à la solvabilité des emprunteurs mais déployaient en pratique de féroces incitations à passer outre,
5- la prise en compte du risque d'illiquidité par les hedge funds, ce qui pourrait les inciter à créer leur propres banques plutot que de devoir négocier en situation de faiblesse avec les banques lors des périodes de crise,
6- la robustesse des indicateurs monétaires (e.g. inflation en période de mondialisation et de dématérialisation informatique), ou de leur interprétabilité (e.g. masse monétaire en période de mondialisation de l'économie et de non convertibilité du Yuan),
7- la légitimité de fonctionner exclusivement avec des monnaies d'Etat, certes pérennes mais aussi forcément arbitraires dans leur choix stratégiques, leurs choix de mise à disposition de liquidités, et dans leur situation de monopole technique.
Devant la richesse du débat, il a été décidé de consacrer plusieurs séances de cette saison IV du Café Liberté à des thèmes connexes, notamment :
1- l'urbanisme,
2- la création de monnaie (e.g. Quid de la salubrité et de l'équité du système de monnaie scripturale émise à la demande notamment en réponse aux défaillances de liquidité engendrées lors des crises par le système de "monnaie" fiduciaire ? Quid de la conformité de celui-ci aux principes de propriété et de respect des contrats ?),
3- les crises financières ou monétaires depuis le début de l'époque industrielle.

Derniers commentaires