Café Liberté du 2 octobre 2006 : Yves MONTENAY "Retraites, familles et immigration en France et en Europe"
Yves MONTENAY, auteur de plusieurs ouvrages remarquables, dont "Le mythe du fossé Nord-Sud" viendra nous présenter avec la tranquille lucidité démystifiante qu'on lui connait, son ouvrage fraîchement sorti de l'imprimerie, en librairie dans les jours à venir : "Retraites, familles et immigration en France et en Europe".
Démographe, docteur en géographie humaine, chef d'entreprise aux salariés d'origines géographiques et sociales diverses, il étudie les interactions entre la population, l'économie et la politique. Il est notamment auteur du remarquable "Mythe du fossé Nord Sud". En matière de retraites, il alerte dans la lignée d'Alfred SAUVY opinion et responsables sur la catastrophe à venir.
Dans une génération, l'Europe aura 58 millions de seniors en plus et 53 millions d'actifs en moins. Voici 30 ans qu'on voit venir le problème, une désinformation idéologique massive a empêché la France d'accepter l'évidence et de prendre des mesures efficaces. Entre fertilité déficiente, vieillissement prolongé et immigration mal pensée, la sociodémographie de notre pays fait face à des contraintes terribles. L'attentisme politique sur les méthodes de financement fait qu'il est bien tard pour sauver les retraites. Des déficits illégitimes présents et programmés de certaines catégories perdurent aux dépend des autres salariés. Parmi les solutions étudiées, retenues ou pas : capitalisation, politiques familiales, travail des seniors et immigration. Yves MONTENAY analyse les données et sentiments contradictoires qui empoisonnent cette question.
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Au sein du blog d'Yves MONTENAY :
http://web.mac.com/labor3/iWeb/YvesMontenay/Blog
on trouvera une page de présentation et une autre de commentaires et débat dédiées à l'ouvrage "Retraites, familles et immigration en France et en Europe" :
http://web.mac.com/labor3/iWeb/YvesMontenay/Nouveau%20bouquin.html
http://web.mac.com/labor3/iWeb/YvesMontenay/Blog/5BDECDDC-FB6C-436D-8036-8A0AE9B48806.html ,
dont un rapide compte rendu fort aimablement dédié à cette séance du Café Liberté.
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SYNTHESE DU DEBAT
(Nota : cette synthèse 1- n'est pas un compte rendu mais traduit la réflexion dominante en séance 2- porte sur le débat multipartie et pas spécifiquement sur l'exposé introductif ou son orateur)
En matière de retraites, la démographie déprimée de la France et de l'UE, accompagnée dès à présent ou avec quelques décennies de retard par celle de la plupart des zones géographiques de la planète, pose la question de la pérennité de nos systèmes de retraites. Selon l'orateur nos systèmes de retraites sont menacés et nécessitent des politiques (immigration de travail, prime aux retraitées mères de cotisants, élévation de l'âge de la retraite) destinées à redresser rapidement notre démographie. Selon la plupart des participants du Café Liberté, seule la croissance compte, la structure de l'économie n'étant pas menacée, notamment grâce à des gains permanents d'automatisation et de productivité dans l'industrie et dans les services. La retraite par capitalisation, plus libre, plus responsable (créditrice), plus efficace, transmissible et indépendante de la démographie locale, reçoit le soutient des libéraux. L'une des formes rudimentaire mais pertinente de capitalisation est l'achat de son domicile que seul un peu plus de 1 français sur 3 pratique là où 2 états-uniens sur 3 la pratiquent. La plupart des capitalisations sont gérées par des fonds de pension aux investissements souvent internationaux permettant d'optimiser les rendements et de répartir les risques. Une augmenttion du volume des capitalisations réduirait leur rendement, mais ils resteraient élevés en raison d'une forte demande de capitaux accompagnant notamment le développement des pays émergents.
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La France, et plus encore le reste de l'UE, sont affligées d'une démographie passablement catastrophique. La France, qui plus est, a subi une immigration importante et non choisie depuis de nombreuses années, très différente de l'immigration de travail dont les Etats Unis se sont dotés. En matière de natalité, les pays en voie de développement ou nouvellement industrialisés semblent devoir suivre le même chemin, avec quelques décennies de décalage. La Chine, en particulier, a délibérément choisi depuis plusieurs décennies de réduire sa population. A contrario, seules les zones musulmanes rurales (notamment le Pakistan) et l'Afrique noire semblent avoir une fertilité suffisante pour multiplier rapidement leur population hôte. Les Etats Unis ont une natalité légèrement positive et un solde migratoire significativement positif.
Les méthodes de financement des retraites sont pour l'essentiel :
1- la méthode par répartition (financièrement débitrice, locale et instantanée, humainement irrespectueuse des choix individuels), lourde et obligatoire en France,
2- la méthode par capitalisation (financièrement créditrice, transmissible, généralement globale et différée , humainement respectueuse des choix individuels), couramment pratiquées notamment aux Etats unis.
Ces méthodes peuvent être assorties de contraintes diverses telles que des indemnités confortables garanties et indexés sur l'inflation voire sur la croissance, mais il faut bien avoir conscience que telles conditions sauf à être savamment et équitablement dosées sont la porte ouverte à toutes les démagogies, devenant alors exorbitantes et dangereuses, pouvant mener tout droit à la faillite comme c'est actuellement le cas de General Motors.
La méthode par capitalisation (cf. 2) reçoit le soutient massif des libéraux pour des raisons philosophiques (libre choix), financières (globale donc meilleur rendement) et de responsabilité (créditrice, transmissible). En revanche, elle souffre de l'épée de Damoclès de son caractère différé, en partie sur plusieurs décennies, ce qui pose le problème de la fiabilité à long terme des fonds de pension et de leurs panels d'investissements, et incite à la mise en place de mesures en matière d'audit, de répartition des risques (dont une tranche de risques faibles) et de réassurance. Acheter sa maison est un placement fondamental, pratiqué par 2 états-uniens sur 3 mais seulement par un peu plus d'1 français sur 3, ce qui symbolise bien le degré d'irresponsabilité économique et de paupérisation des revenus moyens qui sévit en France. Toutefois la convertibilité de ce capital est parfois battue en brèche : être propriétaire de sa maison à Châtelleraut permet d'y habiter, mais cette ville est désertée et les maisons n'y ont pour ainsi dire plus aucune valeur financière.
Le panorama démographique déprimé de l'UE et de la Chine et, avec quelques décennies de retard, de la plupart des zones géographiques de la planète, incite à la vigilance sur la viabilité à long terme des méthodes de financement des retraites, tout particulièrement la méthode par répartition, adossée à l'économie (et la démographie) locale, mais aussi les méthodes par capitalisation du fait que :
1- les populations support des investissements pourraient venir à faiblir de façon trop importante et/ou à vivre des phases menaçant la pérennité des investissements, par nationalisme et/ou socialisme
2- l'augmentation du volume des capitalisations pour retraites réduira probablement leur rendement moyen, (mais la demande en capitaux est forte et les opportunités d'investissements nombreuses) et
3- les prestataires devront exister, et pas simplement le financement capable de payer leur prix actuel.
Aussi on peut se poser la question de savoir s'il ne serait pas nécessaire de résoudre aussi l'équation démographique et pas seulement l'équation financière.
Le débat a été particulièrement intense sur cette question.
- L'orateur a soutenu l'idée qu'une démographie faible serait trop incapacitante pour permettre à l'équation économique d'être respectée dans ses composantes essentielles, quand bien même l'équation financière serait résolue au regard de la structure des prix actuels. Ainsi il ne sert à rien d'avoir provisionné un financement pour des infirmières si celles-ci n'ont pas été formées. En conséquence l'orateur appelle à une forte immigration de travail, un allongement de la duré des cotisation, et/ou à un rééquilibrage important du ratio taux de cotisation / taux d'indemnité.
- La plupart des participants ont soutenu l'idée que l'équation financière devait être le premier objectif du décideur cherchant à résoudre l'équation des retraites et que la structure économique ne poserait pas de problème insoluble. Par exemple, des biens industriels pourront être importés au besoin, l'industrie sera encore plus automatisée qu'aujourdhui, et les services aux personnes âgées vont connaître des gains de productivité considérables : technologies de l'information optimisant l'assistance médicale à domicile, lits médicalisés capables de remuer doucement leurs occupants de façon à éviter les escarres, et, selon toute vraisemblance d'ici quelques décennies, des robots ménagers dont les stupides et rustauds précurseurs bipèdes, chaque année plus performants, parviennent à marcher sans choir même quand on les bouscule (ce qui est une tâche d'une sophistication motrice supérieure au fait de passer avec douceur un coup d'éponge sur un corps humain souillé). De plus on peut s'interroger sur la pertinence de se focaliser sur la démographie alors que le chômage est massif en France et offre donc un important potentiel de salariés pour les tâches afférentes.
La solution de l'équation financière repose sur :
- l'âge de la retraite, qui selon les libéraux a vocation à être libre pour les personnes aptes, ce que permet naturellement la méthode par capitalisation et ce que la variante "à points" de la méthode par répartition pourrait facilement permettre;
- le taux d'indemnités et/ou le taux de cotisations, le ratio étant essentiellement empirique, et, selon les libéraux, le taux de cotisation ayant vocation à être libre au moins pour les tranches de revenus supérieures aux minima,
- la croissance locale, i.e. la croissance française, qui est faible ( 2%, voire moins si on tient compte de l'utilité éminemment douteuse de la " croissance publique " ) pour le système par répartition (cotisations instantanées) et dans une moindre mesure pour le système par capitalisation ( cotisations cumulées qui seront éventuellement délocalisées ),
- la croissance globale de 4% pour le système par capitalisation, qui obtient des rendements bien supérieurs encore, optimisant ses placements et bénéficiant vraisemblablement pour quelques décennies de la relative pénurie de capitaux que connait l'humanité dans cette phase de son développement. Notons aussi que la migration d'un système par capitalisation vers un système par répartition pose le problème de la genèse de l'épargne correspondante, qui requerrait durant les années de migration des sacrifices sur le pouvoir d'achat.
Quant à elle, la croissance locale est influée par des facteurs démographiques, dont :
- l'immigration de travail,
- l'immigration d'assistanat (regroupements familiaux subventionnés par l'état providence),
- le chômage,
- la natalité des décennies antérieures, putativement influée par les politiques familiales (allocations, crèches, congés parentaux, etc.),
et des facteurs mixtes entre démographie, culture et finance, (dynamisme enterpreneurial, compétence des ressources humaines, etc.
L'orateur a souligné que de son point de vue la démographie est une donnée tellement importante et vitale pour un pays qu'elle mérite de relever des prérogatives de l'état régalien, quand bien même elle n'aurait pas de conséquence directe sur la sécurité intérieure ou la sécurité militaire. Selon lui, une grande partie des libéraux pourraient ainsi soutenir l'existence des politiques familiales.
Sur ce point, l'opinion des autres participants a été très mitigée : cet amalgame est contestable et les politiques "familiales" ont souvent été le prétexte de méthodes collectivistes (crèches, maternelles etc.) au dépend de la relation directe entre mère et enfant et des formules à taille familiale (nounous...). L' éducation d'un jeune enfant gagne à être interactive, communiquante, individualisée. Certains participants soutiennent que les politiques "familliales" collectivisantes sont à l'origine de graves maux, notamment en matière de délinquance, de mauvais résultats scolaires, de comportements grégaires et de manque d'esprit entrepreneurial. Ce thème tient à cœur à de nombreux participants et nous essayerons d'organiser une séance qui lui sera consacrée.
L'orateur propose, au sein du système par répartition dans lequel la France est en grande partie embourbé, une mesure équitable selon une démarche volontariste mais responsabilisante : une prime de retraite accordée aux mères de cotisants.
La faible fertilité biologique des populations urbaines est évidemment un phénomène inquiétant pour la civilisation, indépendamment du problème économique des retraites.

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