double étoile (1)
Cette séance se tiendra comme à notre habitude à 20h30 au café Le Luxembourg , 58 Bd Saint Michel, 75006 Paris.
Le débat portera sur l'oeuvre de Robert HEINLEIN.
L'exposé introductif sera assuré par Ugo BELLAGAMBA. Auteur de science fiction, ses champs de prédilection sont l'utopie, l'uchronie, et l'épopée spatiale. Maître de conférences en histoire du droit et des idées politiques à la faculté de droit de Nice, ses champs d'étude universitaires principaux sont l'histoire de la justice, l'histoire des utopies, et plus récemment, l'histoire des Anciens Etats de Savoie et leur rôle dans la formalisation de l'unité italienne au XIXème siècle (1814-1860). Organisateur des Journées Interdisciplinaires Sciences & Fictions de Peyresq (Alpes de Haute-Provence) qui réunissent chaque année des universitaires de toutes disciplines et des auteurs de SF autour d'un thème fédérateur, il aborde KIPLING et l'enchantement de la technique en 2008, et, en 2007 : HEINLEIN et la pédagogie du réel.
Avec Ugo BELLAGAMBA, nous effectuerons une revue chronologique de la vie et de l'oeuvre de Robert HEINLEIN, en évoquant les enjeux qui les ont caractérisées : l'enfance, l'armée, l'écriture, la politique, la Bombe, la guerre froide, les révolutions scientifiques, etc. ... et bien entendu, la liberté et la conception qu'il s'en faisait, ce qui nous permettra d'aborder au passage les spécificités de la démocratie américaine.
Né en 1907, ancien militaire de marine réformé pour cause de tuberculose, Robert HEINLEIN est un des pères de la science fiction. Mort en 1988, il a été récompensé de son vivant par de nombreux prix, parmi lesquels le Grand Master Nebula Award pour l'ensemble de son oeuvre et aussi un record de 4 prix Hugo du meilleur roman pour "Double Etoile" (1956), "Etoiles Garde à vous !" (1960), "en Terre étrangère" (1962) et "Révolte sur la Lune" (1967) quatre romans aussi étrangers les uns aux autres qu'on peut l'imaginer quant à l'idéologie superficielle qu'ils semblent véhiculer :
1- une exploration dépassionnée des coulisses politiques par un acteur sosie subsitué le temps d'un enlèvement (qui durera) à un homme d'état en pase d'être élu,
2- une apologie mélée d'amertume du monde militaire,
3- une apologie déjantée d'une mouvance hippie et de son gourou, intolérables aux yeux des puissants,
4- l'exloration d'un anarchisme où se cotoient intelligence artificelle émergente, subversion via les technologies de l'information et société humaine aux moeurs libres mais à la justice de rue expéditive.
---- ...addendum à l'issue de la séance:
L'oeuvre de Robert HEINLEIN, profondément marquée par les valeurs fondatrices des Etats Unis, est placée sous le signe de l'indépendance des peuples et de la capacité de l'individu à ne pas se soumettre au système dans lequel il est immergé. Robert HEINLEIN explore donc des univers porteurs de valeurs fortes mais dans le même temps prémunit ses lecteurs contre toute dissolution dans leur simple mécanique, semblant ainsi apporter à ces valeurs un soutien ambigu...
Il fut fortement engagé contre tous les totalitarismes. Anti fasciste, il fut précurseur et appela dès 1941 à la guerre des USA contre le nazisme et contre le fascisme. Anti-communiste il fut l'un des grands soutiens du parti démocrate à la guerre du Vietnam. Issu de la vaste région conservatrice religieuse du Bible Belt, Robert HEINLEIN trouva dans le parti démocrate un terreau fertile pour exprimer son rejet de la soumission à quelque mécanique que ce soit, fut-ce le conservatisme religieux dont il partageait pourtant nombre de valeurs, mais qui est aussi prompt à priver ses adeptes d'une part de leur liberté de réflexion.
Au motif des thèmes de ses ouvrages et de son engagement anti-totalitaire, il se trouve revendiqué par les libertarians états-uniens aujourd'hui généralement associés à la droite politique via le parti républicain. Au motif des ambiguités dans le traitement de ces mêmes thèmes, et au motif de son engagement auprès du parti démocrate, il est aussi a contrario également revendiqué par la gauche anti-libérale modérée. Robert HEINLEIN, avant de nous parler des libertés politiques, et sans étudier de façon détaillée les libertés économiques, nous parle en premier lieu de la liberté de l'esprit face aux conformismes.
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LIENS INTERNET
Sites dédiés à Robert HEINLEIN:
- 17 rue Dante, consacré à R.A.H. : http://heinlein.free.fr/index.php
- Heinlein Society : http://www.heinleinsociety.org/
- James Gifford : http://www.nitrosyncretic.com/rah/
Sites de SF qui nous ont fait l'honneur de la présence de certains de leurs organisateurs ou de leur participants réguliers lors de notre séance du 7 juillet:
- 17, rue Dante et son forum, avec notamment le texte de l'exposé présenté par Hugo BELLAGAMBA au Café Liberté,
- nooSFere et son encyclopédie de la SF.
... n'hésitez pas à compléter cette liste en nous écrivant à cafeliberte@gmail.com !
BIOGRAPHIE
Robert A. Heinlein est né le 7 juillet 1907 à Butler, dans le Missouri, en plein coeur du "Bible Belt", dans une famille d'immigrés bavarois. Enfant précoce, il se révèle rapidement un dévoreur de livres, un passionné d'astronomie et de radio. Son passage par l'armée, pour être déterminant, fut relativement court : il entre à l'Académie Navale d'Annapolis, près de Boston et, avec d'excellentes notes techniques, il devient officier sur le USS Lexington, basé en Californie. La tuberculose entraîne sa réformation en 1934.
A la recherche de nouveaux engagements, dans une Amérique qui subit de plein fouet l'impact de la crise de 1929, Robert Heinlein s'engage en politique dans le mouvement socialiste d'Upton Sinclair : E.P.I.C. ("Eradiquer avec la Pauvreté et les Inégalités en Californie"). Il se présente lui-même aux élections primaires démocrates de 1938, mais sans succès.
Il se tourne alors vers la fiction, sous l'impulsion de sa première épouse, Leslyn, et fonde la "Manana Literary Society", où il réunit autour de lui des auteurs en prise avec le réel mais qui se cherchent encore des techniques et des codes communs. Il découvre les théories d'Alfred Korzybski, rencontre John W. Campbell, et lui vend ses premiers nouvelles, qui paraissent la revue Astounding : "Ligne de Vie" en 1939, "L'inadapté" en 1940. C'est le début de sa troisième et dernière carrière : celle d'auteur de science-fiction professionnel. Dès 1941, il est l'invité d'honneur de la convention mondiale de science-fiction de Denver, où il prononce un discours surprenant sur la nécessité de lutter contre le fascisme qui dévore l'Europe.
Durant la guerre, il cesse complètement d'écrire et, loin du front, place toute son énergie dans l'étude des combinaisons de hautes altitudes qui préfigurent les scaphandres spatiaux, aux côtés de Sprague de Camp et d'Isaac Asimov. Mais, à ses yeux, le fait politique le plus important du siècle est la bombe atomique. Il en avait pressenti la possibilité et les retombées dès 1940-41 avec "Blowups happens" et "Solution Unsatisfactory". Il n'aura de cesse d'en appeler à un contrôle supranational des armes de destruction massive.
Quittant Leslyn, il épouse en secondes noces, en 1948, celle qui partagera sa vie et ses idées jusqu'au bout : Virginia. Il développe son cycle de "l'Histoire du Futur", initié sur les conseils de Campbell. L'histoire de la démocratie américaine depuis la guerre d'Indépendance des Etats-Unis et les valeurs qui la sous-tendent, en constituent la source d'inspiration première. Parallèlement, Robert Heinlein s'essaye au cinéma. Le résultat sera "Destination Moon", en 1950, premier véritable film de science-fiction réaliste et grand public. Vingt ans avant le programme Apollo, la Lune n'est plus une destination fantaisiste, mais une frontière à dépasser. Le lien entre le passé et le futur s'impose. Chantre de la conquête spatiale, Robert Heinlein le sera surtout dans la série de "juvenile", romans pour la jeunesse qu'il fait paraître chez Scribner de 1948 à 1958. Ces romans n'ont pas peu contribué à susciter de vocations d'ingénieurs, notamment, à la NASA.
Heinlein obtient son premier prix Hugo avec "Double Etoile", en 1956. Il sera quatre fois couronné du Hugo, et il détient encore, à ce jour encore, ce record. Mais, il n'est pas seulement un auteur au sommet de son talent : il s'impose aussi comme théoricien de la science-fiction, à travers nombre d'articles et de conférences, dont celle donnée en 1957 à l'Université de Chicago (dont le texte n'a été que tout récemment traduit en français). La décennie suivante, avec notamment la parution de "Etoiles, garde-à-vous !", de "En terre étrangère", de "Révolte sur la Lune", sera marquée par des romans plus centrés sur les mécanismes sociaux, politiques, culturels. Tous subversifs : Heinlein fut tour à tour traité de militariste, de fasciste, de hippie, de gourou, de libertarien, d'anarchiste, alors qu'aucun de ces adjectifs ne lui correspondait.
La charnière entre le "premier" et le "second" Heinlein semble s'opérer en 1974, année où il reçoit le "Grand Master Nebula Award", décerné par l'Association Américaine des Auteurs de Science-Fiction (SFWA) et qui récompense pour la première fois un auteur de science-fiction pour l'ensemble de son oeuvre. Il subit une attaque cérébrale en 1978, mais promptement rétabli, se donne de nouvelles ambitions : ayant repris des études de physique quantique, il s'appuie sur ses connaissances pour forger une nouvelle manière d'appréhender la fiction. Dans son cycle du "Monde comme Mythe" (dont certains romans n'ont jamais été traduits en France, notamment "The number of the beast"), il pousse le principe d''indétermination jusqu'à l'infini des points de vue et des univers croisés, et invente le "ficton", unité quantique du récit. La critique n'y relèvera que la tendance à la verbosité et aux dialogues interminables. Seul "Vendredi" (1982), roman plus conventionnel, sera salué comme un retour à une SF ultra-classique, rassurante. Il meurt le 8 mai 1988, auprès de Virginia.
Fin : 23/06/08 - 22:30
