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Mercredi 24 septembre 2008
Oraison et Esprit-Saint
Pour sa série d'articles sur la prière, Robert Beauvery m'a demandé une préface que voici :
Une lecture, même rapide, des lettres de Paul montre combien grande est la liberté de l'Esprit.
L'Esprit rend libre, vrai et libre. Interrogé par les chrétiens de Jérusalem, dont Pierre et Jacques, culturellement attachés à une culture modelée par la Loi de l'Ancien Testament, Paul ne put se résoudre à soumettre Grecs et Romains à des traditions religieuses étrangères à l'Amour universel annoncé et pratiqué par Jésus, le Christ, dans la ligne d'Isaïe. Et de méditer : « Je vis une foule nombreuse de toutes langues, peuples, races et nations, hommes et femmes, esclaves et hommes libres, enfants et vieillards ».
Même si je ne suis qu'un très mauvais « priant », même si demeurer plus d'une demi-heure quotidienne dans le silence de la contemplation ou de l'oraison, m'est toujours difficile, je suis persuadé, par expérience, de l'importance de cette pose. La multiplicité des tâches à accomplir ne doit pas grignoter ce temps de pure gratuité ; au contraire, elles ne peuvent que l'augmenter. « Qu'ai-je à faire, Seigneur, de si important que cela ne puisse attendre ? » Comme pour le maçon, si Dieu ne construit avec moi la maison, cela ne sert à rien de se lever tôt le matin. C'est parce que dans la contemplation, le priant reprend conscience de la présence permanente du Seigneur, que les tâches à accomplir dont on ne saisit pas obligatoirement et immédiatement le sens, se chargent de légèreté et de contenu.
Prière, contemplation, oraison, méditation.
Il semblerait que j'emploie indistinctement ces mots pour désigner le temps consacré à Dieu seul, Père, Fils et Esprit. Chaque action priante a sa spécificité. Robert Beauvery s'engage à nous en parler. Il ravive les notions que nous connaissons et qui sont explicitées dans les dictionnaires. Le point commun qu'il y a entre les différentes attitudes de prières est la disponibilité. « Qu'ai-je à te dire Seigneur, que tu ne saches déjà ? » C'est dans la mesure où l'homme prend conscience de ses limites, qu'il se tourne avec bonheur vers le Créateur. Vide de pensées, vide de projets, vide de préjugés, humblement, l'homme se tourne vers Jésus-Christ pour que naisse dans la faiblesse humaine, l'homme -l'humanité- appelé à la divinisation. « Faire oraison » en ce sens est plus que jamais nécessaire. La culture du XXIe siècle pousse l'homme à se construire par lui-même. Ce n'est pas mal. Mais, est-ce possible dans l'oubli complet du Créateur ? L'homme n'est pas autonome. Aucune satisfaction de ses besoins ne comblera son insatiable désir de perfection, d'amour.
Je rencontre des personnes qui manifestent une soif immense de spiritualité. Ceux-ci sont souvent désignés par l'appellation de spirituels laïcs dans la mesure où ils refusent tout recours à une religion, à une réalité transcendante. Comment leur parler ?
L'impuissance que je constate en cette méditation interrogative m'incite à me tourner vers Dieu dans une attitude de contemplation pour « faire oraison ». Un dialogue avec l'Esprit-Saint pour que se modèle mon esprit ; un lâcher-prise selon l'image de la terre modelée par le potier et un dialogue raisonné avec des frères pour que s'exerce toute forme de discernement humain et spirituel, des consciences.
Devant l'attitude spirituelle des hommes et des femmes d'aujourd'hui, face aux devoirs d'accompagnement et d'accueil, par exemple, des migrants dit sans-papier, aux divorcés remariés fidèles à l'Évangile, même si je ne suis qu'un médiocre priant, je considère dans ce travail de la contemplation une urgence pour le monde et l'Église d'aujourd'hui afin d'être pénétré de la liberté et de la force de l'Esprit.
Mercredi 10 septembre 2008
L'ORAISON - 1
De la part de Robert Beauvery, prêtre du Prado, exégète. 1
Au moins sept méditations sur ce sujet que je pense publier à raison d'une par semaine.
L'attrait pour l'oraison mentale persiste chez beaucoup de membres du monde chrétien, même en ces temps difficiles où la personne humaine est gravement soumise à toutes sortes de dispersions qui constituent autant d'obstacles à la maîtrise consciente de soi, à l'entrée en soi-même, au recueillement intérieur.
Sans s'évader du « monde» -au sein duquel nous sommes envoyés et tenus à résidence- comment cultiver l'attrait pour l'oraison ? Comment le rendre efficient ?
Les réponses ne manquent pas ! Dieu merci !
Sessions, revues spécialisées, écoles de prière... sont nombreuses et certaines particulièrement accessibles. Ce qui manque, peut-être, ce sont des informations primaires, à la portée de tous. Essayons d'en donner une.
• CE QUE N'EST PAS L'ORAISON
L'oraison mentale, la vraie, ne dépend pas d'une initiative personnelle, prise au gré du sujet, serait-il rempli de bonnes intentions, de fermes résolutions... Non ! l'oraison est une réponse à une invitation qui vient d'EN-HAUT, précisément par CELUI qui descend vers l'homme, le rejoint, lui offre gracieusement la possibilité d'une rencontre, d'un entretien, d'une hospitalité EN LUI.
Ainsi, l'oraison mentale n'est donc pas le fruit d'une conquête acquise de haute lutte par le sujet, au prix d'efforts volontaristes, rugueux, rapeux. Non ! elle est l'accueil humble et silencieux d'un don de Dieu, d'un moment passé avec LUI.
Si l'oraison n'est pas le fruit d'une conquête dont l'homme aurait l'initiative et la maîtrise, d'un don gratuit, néanmoins elle sollicite fermement le sujet non seulement à accueillir ce don, mais encore, à se l'approprier comme un talent à faire fructifier.
• AVEC QUELQUES EXIGENCES
Elles sont nombreuses et ne peuvent pas être toutes découvertes, tout de suite et pour toujours. Au fur et à mesure que le sujet avance dans l'expérience de l'oraison, il apprend, par lui-même les « lois », les « chemins » les plus simples et les plus sûrs pour goûter fructueusement l'oraison. Pour l'instant, il est bon de s'arrêter aux deux premiers.
1- Etre libre de soi-même
A l'heure de l'oraison, le sujet essaie de ne plus rien faire ; de se vider de toute préoccupation; de tout lâcher en pure perte de soi; d'entrer dans le silence du cœur - la chambre intérieure! - la disponibilité, la posture de l'homme pécheur devant lui-même et, en même temps, de l'homme aimé par Celui-là qui l'invite à l'oraison ...
2- Etre un homme de désir
L'attrait initial de l'oraison doit gagner en authenticité au point de devenir un désir existentiel d'entrer en relation avec Dieu, le « voir ».
Le désir fournit à une créature circonscrite dans son épaisseur humaine, une force capable de transcender les limites naturelles...
Le désir est ainsi un authentique chemin offert à l'homme pour rejoindre Dieu.
Mardi 16 septembre 2008
Oraison et Parole de Dieu - 2
De la part de Robert Beauvery, prêtre du Prado, exégète.
Au moins sept méditations sur ce sujet que je pense publier à raison d'une par semaine. Il est bon de suivre la méditation en consultant la Bible selon les références indiquées.
Entre le désir de répondre à l'initiative de Dieu à venir en LUI dans le secret de la prière d'oraison, et la réalisation concrète, il y a une grande marge : un apprentissage assidu avec ses tâtonnements, avancées, reculs, erreurs, voire déviances. Certes ! mais aussi un apprentissage confiant : celui d'être invités et attendus tels que nous sommes : à notre mesure, faite d'un équilibre fragile entre nos talents et nos limites, accompagnés et guidés par le don de la prière qu'accorde l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent.
QUELQUES COMPARAISONS INITIALE
La Parole de Dieu dont l'Evangile est le sommet... et la source ! est à l'oraison ce que l'huile est à la lampe ; la farine au pain ; le raisin au vin ; la pluie à la terre ; l'air aux poumons...
Qu'est-ce à dire ?
Sans huile, strictement personnelle et impartageable, selon l'Evangéliste Matthieu, ch. 25,12s, la lampe de la parabole n'est d'aucun secours pour celle qui la détient entre ses mains. Elle en est privée de la rencontre avec l'époux, si longuement attendue ; retenue derrière la porte du banquet nuptial, définitivement fermée et sourde aux appels intempestifs... trop tardifs. En même temps, elle peut entendre de ses oreilles qu'elle est totalement inconnue de l'époux !... Verdict sans appel... et particulièrement instructif.
Quittons le langage parabolique pour parler en clair : sans huile, sans farine, sans raison, sans eau, sans air... sans fréquentation personnelle de la Parole de Dieu, il ne saurait y avoir d'authentique préparation à l'oraison, ni de fondation chrétienne posée, ni de fécondité vitale de celle-ci susceptible de dynamiser l'itinéraire du disciple.
LE FONDEMENT UNIQUE DE L'ORAISON CHRETIENNE
La fondation chrétienne de l'oraison repose sur une personne unique Jésus-Christ, le Fils unique, envoyé par le Père dans le monde, non pas pour le condamner mais pour le sauver, Cf. Jn. 3,16. unique médiateur entre Dieu et les hommes, cf. He. 8,6 et 12, 24, de telle sorte que « personne ne va au Père, sans passer par Lui. » cf Jn. 14, 6.
Sortir de ce fondement christique l'oraison, exposerait celui qui s'en écarte à toutes sortes de complaisances déviantes, comme par exemple l'oraison de type pharisien tournant à l'exaltation de soi, cf. Lc.18, 1 0 ; l'oraison de type docte, tournant aux spéculations rationnelles, philosophiques, etc... sans rencontrer Dieu, cf. Mt.11, 25 ; l'oraison de type dilettante tournant à l'audience de ses propres pensées, cf. 2 P. 1, 16 ; etc...
En revanche, fréquenter régulièrement, assidûment la Parole de Dieu par la lecture cursive éventuellement en respirant entre chaque mot - par l'étude, la plume à la main, à la manière du Père Chevrier ; par la Lectio divina, « lecture priante et savoureuse » des Ecritures Saintes, traditionnelle dans l'histoire et la spiritualité chrétiennes... dispose efficacement à l'oraison.
Il faut encore préciser avec la caution de l'autorité apostolique de Paul, que le seul médiateur qui soit entre Dieu et les hommes c'est un homme, le Christ, cf. 1 Tim. 2, 5, en chair et en os ! Jésus de Nazareth.
L'Evangéliste Jean, conduit par l'Esprit Saint annonce ce que ses oreilles ont entendu, ce que ses yeux ont contemplé, ce que ses mains ont touché comme à tâtons du Verbe incarné, à ceux qui n'ont pas pu faire cette expérience sensorielle directe de l'épaisseur humaine de Jésus. Le Disciple bien-aimé l'annonce pour que : « vous aussi vous soyez en communion avec nous. Et nous sommes en communion avec le Père et son Fils Jésus-Christ » (1 Jn. 1, 1-4).
L'expérience sensorielle de l'épaisseur humaine de Jésus de Nazareth, à travers les récits évangéliques a été particulièrement mise en œuvre par Saint Ignace de Loyola dans la pédagogie des exercices spirituels. Par exemple, il suggère au retraitant de fixer son regard sur ce qui se passe dans la scène évangélique étudiée ; d'ouvrir ses oreilles aux paroles, aux bruits, aux silences ; il va même jusqu'à suggérer d'ouvrir ses narines aux odeurs et parfums dégagés par les choses matérielles traitées...
Ce grand maître spirituel a particulièrement compris que c'était l'HOMME Jésus de Nazareth le seul médiateur parfaitement uni à son Père au point d'être son unique icône. Il a pu dire, dans son testament spirituel : « qui me voit, voit le Père... qui m'a envoyé » (Cf Jn. 14, 5-10).
Retour aux comparaisons :
L'écoute, l'étude, la lectio divina, le souvenir, gardé dans le secret du cœur de la Parole de Dieu, et la mise en pratique, au fur et à mesure de la compréhension, assurent à l'oraison le fondement chrétien - christique ! - à partir duquel, et de lui seul ! - la rencontre avec Dieu est possible.
Fondée sur la connaissance de la Parole de Dieu, la vraie oraison transfigure, à la ressemblance de Jésus, celui qui la pratique, jour après jour ; ainsi, en reprenant les images initiales, l'huile qu'il a apportée, constitue à faire de lui un être de lumière, cf. Mt. 5, 14 ; la farine : un bon pain nourrissant, cf. P. Chevrier, le tableau de Saint Fons ; le raisin : un vin généreux abondant et gratuit, cf. Jn. 2, 9s ; l'eau : une terre fertile productrice jusqu'à 100 pour 100, cf. Mt. 13,23 ; l'air : un vivant animé par le souffle de l'Esprit du Christ, cf. Ro. 8, 18-28.


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