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Colloque à Lille

L'humain à ses frontières : l'ère du flou



Notre reconnaissance des frontières de l'humain est plus que jamais soumise à l'incertitude. les bouleversements produits dans les mentalités s'accompagnent d'interrogations éthiques et juridiques nouvelles, qu'ils contribuent à susciter : ne faudrait-il pas reconnaître un droit des animaux ? Un droit à l'avortement thérapeutique ou à l'euthanasie ? À la manipulation et aux expérimentations génétiques ? Au clonage, à la fabrication de chimères ou d'hybrides homme-machine ? Quant à la frontière entre l'humain et la transcendance éthique ou religieuse, elle est l'objet de conceptions et revendications de toutes sortes, entre les contestations et les réaffirmations les plus radicales.


Ce fait est l'objet de lectures différentes. La complexité de la situation est encore accrue par le conflit des interprétations concernant ces déplacements de frontières entre l'humain et son autre : s'agit-il d'un infra et d'un supra-humain, d'un pré- et d'un posthumain, d'un inhumain ou d'un « contre l'humanité » ? Ce débat est à son tour redoublé par celui qui porte sur l'élucidation des causes et des enjeux de cette crise d'identité.


Nous manquons sans doute du recul suffisant pour penser ce déplacement de frontières avec toute la profondeur souhaitable. Pourtant nous ne pouvons nous dérober à l'obligation d'éclairer l'action sur les plans éthique, politique, économique, juridique... Nos traditions de pensée sont mises au défi d'éclairer dès maintenant notre situation et les questions qui surgissent. Elles supposent que toutes les disciplines universitaires puissent contribuer et communiquer leurs approches de ces questions. C'est à ce chantier que cette journée de colloque participera.



Déroulement du colloque :



9 h Accueil et introduction (Jean-Baptiste Lecuit)

I. L'ETRE HUMAIN, SEUL VIVANT QUI PARLE ET QUI PENSE ?

- 9 h 30 : L'homme : un objet quantique ? (Dominique Laplane et Michel Dubois)

L'homme est défini par un "entre-nous" et un "je" qui ont un même niveau de réalité et sont inextricablement mêlés. La conscience est le fait de chacun. Le langage, propre de l'homme, dont les caractéristiques fonctionnelles le situent dans l'espace et le temps, a un contenu qui les transcende. L'invention, fortement individuelle, qui suppose une vision à long terme, est mobilisation au temps présent de ce qui pourrait advenir. Cela ne suggère-t-il pas que l'homme serait un objet quantique, à la fois pris dans l'intrication et doué d'une certaine autonomie ?


- 10 h 00 : Les vivants, les parlants, la culture contemporaine et nous (Pascal Marin)

C'est un phénomène très contemporain, phénomène de culture, que la mise à mal de la frontière qui sépare l'homme, le parlant, des autres vivants. Ce phénomène de mentalité dans sa constitution médiatique mêle des propos d'éthologie et d'anthropologie scientifique aux échos de productions d'art (film, expositions etc.). Après avoir questionné l'émergence de ce curieux phénomène, nous nous demanderons comment il est possible, si on n'est pas éthologue ou paléoanthropologue, d'avoir prise sur ce discours ambiant, qui a pour lui la force des évidences. Depuis Socrate, pauvre en savoir, la philosophie emploie les armes du non-spécialiste, de tout un chacun. Elle ne sait que confronter les discours et analyser la définition des mots.

- 10 h 15 : À propos des « Frontières » : La question de l'Intentionnalité chez Brentano et Husserl (J.-M. Breuvart)

Nous nous proposerons d'éclairer la question de l'humain aux frontières en prenant comme point de départ la vie et son mode de relation à ce qui lui est extérieur (les objets du monde, les événements...).

Plus précisément nous évoquerons le conflit entre les philosophes Brentano et Husserl sur l'importance à accorder à une telle relation.

Nous terminerons par un examen du sens d'un tel conflit : quelles en sont les conséquences pour un engagement moral et politique dans le monde complexe qui est le nôtre ?


10 h 30 Pause

10 h 45 Débat avec les intervenants


11 h 45 Repas


II. DES SCIENCES « HUMAINES » ?

- 13 h 30 L'économie aux frontières de l'humain (Jean-Luc Dubois et Elena Lasida)

Si l'économie est considérée comme une science humaine, de quelle manière conçoit-elle et intègre-t-elle l'humain ? La modélisation mathématique et la centralisation sur le marché ont souvent conduit à une approche très réductrice de la dimension humaine et sociale de l'économie. Elle réapparaît pourtant avec force à travers des concepts comme celui de " coût humain ", de " capital humain ", et de " développement humain ". Que disent ces notions économiques de l'humain ? Restent-elles aux frontières de la logique économique " dure " ou permettent-elles de revisiter et reformuler son essence même ?


- 14 h 00 : Au-delà des principes généraux du droit avec les crimes contre l'humain (Sylvie Humbert)

Le droit en France se trouve confronté à un mouvement général de mondialisation. Désormais, c'est l'humanité et non plus seulement l'homme qui est placé au centre du système juridique. Or, l'humanité est méta-étatique et étrangère à la notion de souveraineté et de frontière. Un droit commun de l'humanité, de l'être humain en général, est en plein essor et répond à une idée kantienne d'un genre humain soumis à une loi universelle. De là découle toute une évolution du droit soumise à un nouveau concept : celui de la dignité humaine autour duquel s'inscrivent les débats sur le principe de l'inviolabilité des individus en tant que tels mais aussi, avec les progrès de la biotechnologie il ressort que la destruction métaphysique est encore plus inacceptable que la destruction physique car « elle signifie la destruction de l'ordre humain tout entier, la négation de l'effort même par lequel il y a de l'humanité dans l'homme. » (Mireille Delmas-Marty)

14 h 15 Débat avec les intervenants


15 Pause


III. VOUS AVEZ DIT « FRONTIERE » ?

- 15 h 30 : L'être humain en tant que frontière ? (Dominique Foyer)

Nous nous interrogeons sur l'existence de « frontières » repérables entre l'humain et le non-humain (l'animal, par exemple). Or l'actualité éthique nous montre, quotidiennement, que les « frontières de l'humain » ne sont pas aisément traçables. Nous constatons même une tendance croissante à l' « indéfinition », ce qui interroge le théologien et l'éthicien. Dans un premier temps, en prenant appui sur la fonction critique de la théologie, je voudrais questionner un peu cette notion de « frontière » et son application à l'être humain. Dans un second temps, en prenant appui sur certains jalons de la tradition théologique catholique, je tenterai un déplacement heuristique : au lieu de chercher à tracer des « frontières » entre l'humain et le non-humain, considérons l'être humain comme un « être-frontière », comme LA frontière par excellence. Et voyons comment ce déplacement nous permet de penser à frais nouveaux.

- 15 h 45 : De l'arbre et du bateau : plaidoyer pour des frontières mouvantes (Stanislas Deprez)

L'épistémologie commune des scientifiques est réaliste et réductionniste, considérant l'humain comme un objet d'étude. Sans méconnaître ses incontestables avancées, il nous semble que cette épistémologie pose des problèmes éthiques, en ce qu'elle détermine l'agir humain – le devoir-être – par l'être (cf. l'arbre de Descartes).

Nous voudrions défendre un autre modèle de la science, inspiré de Neurath et du constructivisme. Cette épistémologie alternative soutient que la connaissance est autant le résultat d'une production – une pratique – que celui d'une découverte. Ce qui permet de penser autrement les frontières de l'être et du devoir-être, et de réintroduire le débat éthique et citoyen dans la pratique scientifique.


- 16 h 00 : Frontières de l'humain et clôture culturelle (Jean-Luc Blaquart)

Pour faire face aux défis que pose aujourd'hui la détermination des frontières de l'humain, je propose de mettre en lumière la dimension fondamentalement culturelle du problème, ce qui permet d'interpréter cette notion de frontière de l'humain comme emblématique d'une clôture constitutive de notre culture, comme de toute culture. Se posent alors la question du rapport à l'au-delà de l'ordre culturel et celle du statut du religieux. L'œuvre de Cornelius Castoriadis nous servira de point de départ pour cette réflexion.

16 h 15 Débat avec les intervenants


17 h CONCLUSIONS

- Table ronde avec tous les intervenants

- Débat général : bilan et perspectives


18 h Fin du colloque


Présentation des intervenants :

- Elena Lasida : Master Economie solidaire et logique de marché de l'Institut Catholique de Paris (ICP) et Commission Justice et Paix.

- Jean-Luc Dubois : Centre d'Economie et d'Ethique pour l'Environnement et le Développement (C3ED) de l'Université de Versailles Saint Quentin-en-Yvelines (UVSQ) et Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

- Sylvie Humbert

- Jean-Baptiste Lecuit, Faculté de Théologie (anthropologie théologique), UC Lille

- Jean-Luc Blaquart, Faculté de Théologie (théologie fondamentale), UC Lille

- Dominique Foyer, Faculté de Théologie (théologie morale), UC Lille

- Pascal Marin, Faculté de Philosophie, UC Lyon

- Jean-Marie Breuvart, Faculté de Théologie (Philosophie), Université Catholique de Lille

- Stanislas Deprez, Faculté de Théologie (Philosophie), UC Lille

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