Jeudi 13 septembre, vers 9h00 du matin, Régine Baboulenne aperçoit par hasard, un mammifère marin échoué sur la plage du centre nautique de Hienghène.
Elle téléphone aussitôt à l'Association Dayu Biik, au WWF ainsi qu'a son mari, responsable du Club de plongée, Babou côté océan.
Arrivé sur la plage, ces derniers découvrent un animal dépassant les 2 m, pour un poids d'au moins 150 kg. Il s'agit d'un mammifère marin mais dont la forme trapue ne ressemble à aucune autre.
L'animal possède une mâchoire fine et allongée dont seule, la partie inférieure est couverte de dents. La pigmentation de sa peau, en retrait des yeux dessine de fausses ouies et son melon est bien moins développé que celui du Cachalot. Sa nageoire dorsale est petite et courbée et sa nageoire caudale est en forme d'accolade : il s'agit d'un Cachalot pygmée (Kogia breviceps).
Cette espèce méconnue vit au large, dans les eaux chaudes et tempérées et se déplace par groupes de 5 à 6 individus maximum. Parfois les Cachalots pygmées s'approchent des côtes surtout si la nourriture y est abondante. Ces mammifères marins se nourrissent préférentiellement de céphalopodes (seiches, calamars, ).
Après avoir photographié l'animal, l'équipe emploie tous ses efforts à remettre le Cachalot dans la mer.
Elodie Lionnet de l'association Dayu Biik, accompagne un moment le Cachalot qui semble refuser de reprendre le chemin de l'océan. Puis ce dernier s'éloigne et sillonne nonchalamment l'embouchure de la Hienghène, entre les rochers de la Poule et du Sphinx. La mission est accomplie et l'équipe rentre.
Quelques heures plus tard, le téléphone de l'association Dayu Biik sonne à nouveau.
Le Cachalot pygmée s'est échoué à nouveau sur la même plage. L'animal semble faible et son corps porte les stigmates de l'abrasion du sable et des rochers sur sa peau.
Une autre stratégie a été adoptée, sur les conseils avisés d'Alexandra Campos, vétérinaire, de Philippe Leblanc de l'Aquarium de Nouméa et de Claire Goiran de l'Institut de Recherche pour le Développement.
Henri Blaffard de Conservation International et Sébastien Faninoz du WWF se rendent au dispensaire pour qu'on administre des antibiotiques au Cachalot pour que les plaies de ce dernier ne s'infectent pas.
Stéphanie Carnet, infirmière au dispensaire, a ainsi administré sa première piqûre antibiotique
à un mammifère marin !
Puis le Cachalot pygmée est langé dans un drap et arrimé à l'embarcation de Thierry Baboulenne, responsable du club de plongée, Babou côté océan. L?embarcation met ensuite le cap sur la passe.
Un premier arrêt ponctue le déplacement déjà très lent de l'embarcation. L'animal perd
subitement beaucoup de sang. Puis, la traînée de sang s'interrompt et le bateau repart.
L'animal ne semble plus respirer. Une seconde hémorragie intervient quelques minutes plus tard. Le bateau s'arrête et l'équipage constate bien tristement que le Cachalot pygmée vient de rendre son dernier souffle.
Après beaucoup d'efforts et un énorme regret, l'équipage relâche l'animal qui s'enfonce rapidement dans le bleu profond de la passe.
Le Cachalot pygmée est mort, mais il laisse l'espoir de trouver le petit groupe d'individus qui
l'accompagnait.
Ensuite, le prélèvement de peau qui a été effectué sur l'animal, permettra d'alimenter une
base de données qui, à terme, permettra d'identifier les différentes populations de Cachalot
pygmée dans la zone.
Puis, la présence de cette espèce méconnue dans cette zone apporte de la plus-value au projet
d'Aire Marine Protégée et à l'inscription du récif au Patrimoine Mondial de l'Humanité.
Enfin, cette aventure laisse à toute l'équipe le souvenir d'un moment partagé avec une espèce
rare...
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