livre (2)

déc.
13

LE ROI DE LA NOUVELLE ORLEANS

  • Par rmybr le 13/12/07 - 16:14

Une autobiographie imaginaire de Louis Armstrong

De Louis Armstrong, les plus grands spécialistes ont écrit qu'il était rien moins que l'inventeur du jazz, ce jazz que tous les musicologues considèrent comme la seule invention musicale du 20ème siècle.

Le livre que je vous propose aujourd'hui est une autobiographie imaginaire de Louis Armstrong, écrite par Alain Gerber, un romancier fou de jazz qui officie tous les dimanches en fin d'après-midi sur France Culture, pour nous parler du jazz et de ses musiciens, et nous les faire écouter.

Il nous raconte ici de façon savoureuse l'enfance et l'adolescence de ce gamin noir de la Nouvelle Orleans qui deviendra un musicien immense après avoir appris la trompette dans une maison de redressement pour enfants.

En toile de fond, une peinture inoubliable de la vie à la Nouvelle Orleans, de ses coutumes, de ses personnages et de ses musiciens font de ce bouquin un indispensable auquel je reviens souvent.

La dernière fois que je l'ai ouvert, j'y ai retrouvé ces deux pages...

C'est Armstrong qui raconte...


« Black Benny jouait de la grosse caisse, mais en matière de musicalité, le plus fin des violonistes en queue-de-pie lui rendait des points. Sa façon de régler et de toucher son instrument confinait àà la sorcellerie pure et simple. Il fallait faire très attention. A première vue, il n'y avait là qu'un grand couillon qui cognait une peau d'âne au moyen d'une batte garnie de feutre.

A l'élan qu'il donnait à son bras, on se disait qu'il n'y allait pas de main morte.

Toutefois, si on allait y voir de plus près, on s'appercevait qu'il avait une manière de retirer la batte, à peine était-elle entrée en contact avec la peau, telle la main d'une plaque de fourneau brûlante, et alors mon vieux, toute cette caisse, comment dire ? ... effleurée avec violence, ou violentée avec précaution, je ne sais pas, se mettait, oui, c'est ça, se mettait à chanter !

Comme la basse dans une chorale.

Comme une contrebasse à cordes sous l'archet ou sous les doigts.

Comme un tronc d'ébène au fond de la forêt, comme un tambour de bronze dans un cercle de montagnes.

Le son que produisaient ses rivaux ou bien partait tout droit, ou bien, dans le meilleur des cas, allait en s'évasant ; le son de Black Benny, lui, dessinait dans l'air des boucles, des torsades, des volutes, des arabesques, toute une subtile combinaison de flux et de reflux.

Il s'attardait ce son, jamais pressé de se dissoudre. Il naviguait par dessus les casquettes de la clique. Il dansait là-haut avec patience, avec noblesse,comparable à une fumée de cigarettes dans une pièce, flottant au-dessus d'une partie de poker. Bref, il vivait.

Je ne suis pas devenu batteur, Black Benny m'impressionnait trop pour que je me risque à suivre ses traces. Autant vouloir devenir gouverneur de Louisiane, président des Etats-Unis, et pourquoi pas empereur du monde !

Autant m'imaginer qu'en achetant un dé à coudre, j'allais vider la mer !

Je n'étais pas si fou.

En revanche, j'ai compris en étudiant les procédés de cet homme, tout ce qui fait que, peut-être, je joue mieux de la trompette que certains autres. J'ai percé le secret de tous ceux qui, un jour ou l'autre, m'ont bouleversé.

Je peux bien vous le dire, même si, malheureusement, l'énoncer n'est pas le connaître.

Ce qui compte, ce n'est pas tant jouer de la musique que laisser jouer cette musique, de lui donner assez de jeu, j'entends, pour quelle respire, pour qu'elle résonne tout son saoul. Et pour qu'elle vive sa propre vie en plus de celle que vous lui avez insufflée.

Il faut que la musique se libère des lois de l'instrument, de l'ambition trop étroite ou des prétentions trop vastes de l'instrumentiste, et, pour finir, qu'elle s'affranchisse de l'image qu'elle a d'elle même à force de l'avoir contemplée dans les traités de musique et sur les lignes des partitions.

Si la musique reste une musique de papier, elle n'ira pas loin, même lorsqu'il est obligatoire de la jouer telle que le compositeur l'a écrite.

Il faut en permanence que la musique chante comme la grosse caisse de Black Benny. Pareille aux choses de la nature. Pareille au vent et à l'écho. Pareille aux ombres qui s'allongent et s'accroupissent au pied des arbres et dans le dos des gens. Pareille aux jardins qui s'ouvrent à l'aurore, au linge qui claque sur son fil,, aux parfums qui remontent des îles et vous bercent les tempes, aux lueurs qui s'attardent en juin dans des vitres, sur des morceaux de fer, contre le sabot d'un cheval.

Tout ce qui serre le cœur sans raison, tout ce qui fait hésiter le temps qui passe... »



« Louie » existe en édition de poche, Alain Gerber a de la même façon, raconté la vie de Billie holiday, celles de Chet Baker et de Lester Young.


juil.
12

Body and soul

  • Par rmybr le 12/07/07 - 15:13

Un livre pour l'été ?

CORPS ET AME de Frank Conroy

Titre original Body and Soul


La musique est au centre de ce livre, la musique et les musiciens.

Je suis certain qu'il va enthousiasmer ceux d'entre vous qui ne l'ont pas encore lu.

Voici la quatrième de couverture...


"A New York, dans les années quarante, un enfant regarde, à

travers les bareaux du soupirail où il est enfermé, les chaussures des passants

qui marchent sur le trottoir.

Pauvre, sans autre protection que celle d'une mère excentrique, Claude Rawlings

semble destiné à demeurer spectateur d'un monde inaccessible.

Mais dans la chambre du fonds, enseveli sous une montagne de vieux papiers,

se trouve un petit piano désaccordé. En déchiffrant les secrets de son clavier,

Claude va se découvrir lui-même : il est musicien.

Ce livre est l'histoire d'un homme dont la vie est transfigurée par un don.

Son voyage, au bout d'une route jalonnée de mille rencontres, le conduira dans

les salons des riches et des puissants, jusqu'à Carnegie Hall...

La musique évidemment est au centre du livre, musique classique, grave et morale,

mais aussi le jazz, dont le rythme contemporain fait entendre sa pulsation irrésistible

tout au long du roman."


Ce livre fait partie de ceux qu'on ne peut lâcher avant de les avoir terminés.

Vous cherchez un livre pour les vacances ?

Le voilà...