Connexion
Création d'un membre
Création d'un espace
Inscription à une communauté
Partage d'une publication
Modification d'une publication
Suppression d'une publication
Mise en ligne multiple
Ajout d'un commentaire
Réponse à un commentaire
août
28

King fait du neuf avec du vieux (et c'est bon !)

  • Par amundain le 28/08/08 - 13:03
  • Dernier commentaire ajouté il y a 3 mois

Un nouveau Stephen King a débarqué dans les librairies voilà une quinzaine de jours, le 1er avril.

Cependant, même si son nom figure une fois encore en caractères énormes sur la couverture, bien plus énormes que le titre lui-même, ce n'est pas une nouveauté du maître de l'horreur, pour deux raisons.



« Blaze », fausse nouveauté !

La première est qu'il s'agit d'une nouvelle qu'il avait écrite sous son pseudonyme Richard Bachman (avec lequel il a également publié, entre autres, « Les régulateurs », « Chantier » ou « Marche ou crève »), et qui est vendue en tant que roman de « Stephen King alias Richard Bachman ». D'ailleurs, le roman a été publié en 2007 aux Etats-Unis sous le seul pseudonyme de Bachman, mentionnant simplement une préface de King.

La seconde est qu'il s'agit là d'un fond de tiroir, une nouvelle écrite en 1973 et restée tapie au fond d'un carton pendant plus de 30 ans. Reste que ce n'est pas exactement le manuscrit original qui a été publié, mais une version relue et corrigée par King.

Pourquoi ressortir, je cite « un inédit de King/Bachman miraculeusement retrouvé » ? Parce que celui-ci a plus ou moins refait surface au moment où il a été demandé à Stephen King d'écrire une nouvelle à publier dans une nouvelle collection, « Crimes terribles ». A cette époque (il y a à peine quelques années), King avait alors pondu un petit texte plutôt sympathique et baptisé « The Colorado Kid », pour lequel j'avais à ce propos rédigé un avis. Pas très fier de ce qu'il avait offert à cette collection (King considère d'ailleurs que sa nouvelle est la moins bonne de toute la collection, qu'elle n'est pas au niveau des autres...), il a alors repensé à ce vieux texte, « Blaze », et est parvenu à l'exhumer après moult recherches.

Relu, corrigé, voilà donc un inédit de Stephen King pour le plus grand plaisir de ses amateurs. Attention, toutefois, ce n'est pas ici du King pur jus, jouant sur le registre habituel de l'épouvante ou de l'horreur. « Blaze » est en effet un thriller, qui n'a d'ailleurs pas été ajouté à la collection « Crimes terribles » car il lui manquait un caractère polar suffisamment marqué. Sur la lignée de son dernier roman original en date, « Histoire de Lisey », Stephen King explore donc à nouveau un univers différent.

Je n'ai pas fait les présentations, mais j'imagine que tout le monde connaît désormais Stephen King, c'est pourquoi je ne vais pas me lancer dans une bio exhaustive...je ne vais même pas me lancer dans une bio du tout, juste signaler, pour ceux qui ne le sauraient pas, que Stephen King est l'un des auteurs les plus vendus dans le monde, qu'il a écrit de superbes romans tels que « Simetierre « , « Shining », j'en passe et des meilleures, mais également une fantastique saga d'héroïc fantasy baptisée « La Tout Sombre », qui comporte pas moins de 7 tomes.



L'histoire de « Blaze » est toute simple

Clay Blaisdell, alias Blaze, est un gaillard de deux mètres, 120 kilos, qui a eu le cerveau endommagé suite aux multiples violences que lui a fait subir son père dans sa jeunesse.

Placé dans un foyer, il a grandi sous les coups des uns et des autres, surtout des dirigeants de son centre pour jeunes paumés, les jeunes de son âge le craignant beaucoup trop au vu de sa carrure imposante. Une fois adulte, il s'est mis à tremper dans diverses combines plus ou moins ambitieuses, faisant de lui un gagne-petit au cerveau ramolli et à l'ambition nulle. Flanqué de son copain de galère George, ils ont élaboré le plan du siècle : le kidnapping du nourrisson d'une riche famille de la région, afin de demander une rançon capable d'assurer leurs vieux jours.

Simplement, il y a un hic : peu avant le coup, George est mort...ou presque, continuant d'apparaître aux seuls yeux de Blaze, lequel est guidé en permanence par la voix et les commentaires de George. Peu importe, Blaze se sent de tenter le coup.



L'univers est familier

Le livre, lui, nous fait entrer dans un univers bien connu dès les premières lignes. Avant même qu'il ne débute, une longue préface rédigée par Stephen King explique l'histoire de ce manuscrit, et le pourquoi de sa publication aujourd'hui, alors qu'il fut écrit et terminé en 1973. Ce prologue est très intéressant à lire, et permet d'en connaître un peu plus sur ce qui fait avancer King aujourd'hui, après plusieurs décennies de succès (et surtout des dernières publications en demi-teintes, si ce n'est peut-être « Cellulaire » qui n'était pas mal du tout, renouant avec le King de la grande époque).

Une fois cette préface achevée, c'est parti pour un récit qui n'est certes pas très long (330 pages environ), mais qui ma foi se révèle plutôt réussi.

Ce qui frappe dès les premières pages, c'est ce ton incomparable qu'a King, cette manière d'écrire qui est reconnaissable entre mille. C'est ainsi que d'entrée, c'est comme d'enfiler une bonne paire de pantoufles : on y est bien au chaud, confortable, et on n'a rien à demander de plus. Même chose ici, on entre immédiatement dans le récit, et on se laisse ensuite porter par l'intrigue.



Le découpage du roman est quant à lui assez classique

On entre de plain-pied dans l'histoire avec des premières pages nous relatant une combine à moitié foireuse de Blaze et George, avant que l'on n'apprenne finalement que George n'est que dans la tête de son compère...Le reste est très simple : alternance (réussie, toutefois) de passages relatant l'époque actuelle avec des passages sur la jeunesse de Blaze, son enfance, son adolescence : bref, tout ce qui a conduit à faire de lui ce qu'il est aujourd'hui. Bref, un mode de narration que King affectionne, et maîtrise à plein, permettant d'enchaîner les époques et ainsi de faire connaissance de manière plus précise avec son personnage principal. Le rythme est assez ronronnant, mais suffisant toutefois pour maintenir le lecteur en alerte : ceci grâce, comme toujours, à l'abondance de détails venant donner un corps solide aux personnages à qui King donne vie sous nos yeux. Une fois encore, l'action se déroule dans le Maine, territoire favori de King, et il y fait mention de quelques lieux déjà exploités dans ses romans précédents, comme la prison de Shawshank, théâtre principal de l'action de la nouvelle « Les évadés » portée à l'écran avec Tim Robbins et Morgan Freeman en têtes d'affiche. L'ensemble est donc plutôt linéaire et convenu, ce qui permet, par ailleurs, de mettre un peu plus l'accent sur les détails des personnages.



Le personnage principal, le fameux Blaze, est attachant

C'est un talent indéniable de King : parvenir à rendre ses personnages vivants, leur créant une vraie identité, allant loin dans le détail, pour nous en donner assez à se mettre sous la dent, sans pour autant créer une vraie mythologie pour chaque personne qu'il invente. D'un abord plutôt peu intéressant, on s'aperçoit au fur et à mesure que Blaze est en fait quelqu'un de très attachant. En dépit de la façon qu'il a de gagner sa vie, avec ses arnaques minables ou ses coups à 300 dollars (le rendant fou de joie, cela dit), on sent que c'est un personnage bon, qui porte la gentillesse en lui. C'est ainsi qu'on a parfois du mal à comprendre qu'il mène une telle vie : reste qu'étant assez benêt parfois, il semblerait que son mode de vie lui ait été dicté par les personnes qu'il a croisées sur sa route et qui ont su l'influencer au point de le faire tomber dans la débrouille.

En tout cas, on en vient à s'attacher à lui, et comme d'habitude, King nous raconte ses actions, mais nous fait entrer aussi dans sa tête, ne nous faisant pas perdre une miette de ses pensées, ses doutes, ses souvenirs...



L'histoire se laisse lire

Même si j'ai trouvé que le roman n'avait pas une force narrative grandiose et que l'histoire n'était pas excessivement captivante au début, c'est un roman qui se laisse lire.

D'autant qu'au fil des pages, l'histoire gagne en intensité et qu'il devient difficile de décrocher une fois que l'on s'est plongé dans les pages de ce roman. L'alternance entre passé et présent fait malheureusement parfois retomber le soufflet, à des moments où un poil d'action supplémentaire aurait été le bienvenu. Reste que le tout est assez fluide, même si parfois l'abondance de détails paraît un peu redondante, voire inutile. Mais c'est ainsi qu'écrit King, créant des univers à un degré de détail tel qu'on peut facilement se les imaginer dans leur intégralité. Et forcément, il n'a pas on pareil pour décrire ces fameux coins du Maine qu'il connaît comme sa poche.

Les 330 pages, en tout cas, peuvent s'avaler d'un trait, ce que j'ai fait : une fois le livre ouvert, je me suis laissé prendre au jeu et ai lu le livre d'une traite, espérant secrètement que celui-ci décollerait vers des sommets un peu plus élevés que ce qu'il n'atteint, mais me régalant à chaque page de pouvoir me nourrir d'une nouveauté de l'un de mes auteurs favoris.

Le plus réussi, à mon avis, est tout de même la dernière partie du livre, qui sait allier à la fois suspense et rythme : effet garanti, ces dernières pages ne peuvent se lire qu'en une seule fois, on est pris dans l'histoire et pressé d'en connaître le dénouement, même si un flash-back certes intéressant mais placé de manière un peu étrange vient couper le rythme.

Je le répète encore, mais c'est important : il s'agit d'un thriller, donc il n'y a rien d'étrange ou de paranormal tout au long de ce livre, juste l'histoire d'un (voire deux ?) gars paumé(s) qui croit avoir planifié le coup du siècle pour en sortir de sa/leur petite(s) vie(s) de misère.

Le principal moteur de ce livre, qui laisse le lecteur plein de questions, c'est de savoir quel est le problème de Blaze...simple schizophrénie, ou bien George est-il vraiment encore là, en tant que fantôme. Aucune réponse n'est bien entendu apportée, ce sera à chacun de se faire sa propre idée.

Dans le genre, j'ai trouvé que ça n'atteignait pas les sommets d'un Michael Marshall, par exemple, mais c'est un roman correct. Probablement moyen pour qui n'est pas spécialement fan de Stephen King et qui est habitué à lire d'autres auteurs de polar ou de thriller. Mais un cran au-dessus pour ceux qui, comme moi, apprécient ce qu'écrit King depuis toutes ces années.



Conclusion : « Blaze », à lire ou pas ?

Tout livre (ou presque) est bon à lire !

Celui-ci, en tout cas, permet de passer un très bon moment et d'explorer un univers que King n'a pas très souvent exploité, le thriller pur, sans artifices « épouvantables ».

Le style King est reconnaissable dès les premières lignes, et il y a sans doute peu d'auteurs comme lui capables de prendre le lecteur par la main et de le faire littéralement entrer dans son bouquin, ne le lâchant qu'à la dernière page, au dernier mot, avec un petit pincement au cœur lorsque l'histoire s'achève. C'est ce qui m'est arrivé : j'ai eu le sentiment que le roman se lisait vite, trop vite, et que la dernière page arrivait bien trop tôt...

Dans tous les cas, ce livre est un bon roman. Sorti en grand format chez Albin Michel, l'éditeur attitré de King en France, il coûte quand même 20€, ce que je trouve un peu cher au vu de la brièveté du récit. Reste que si votre bibliothèque l'a dans des rayons, ou que vous pouvez vous le faire prêter, foncez, car il y a peu de chances que vous le regrettiez.



Merci de vos lectures.

6 commentaires

royal !

  • Par cador le 28/08/08 - 16:53

ça c'est de l'avis dis donc ... merci !

Analyse très juste

  • Par xanadu le 28/08/08 - 17:50

de ce roman mais surtout du style et de l'univers de S. King qu'aucun autre fan n'était jusque là parvenu à me présenter de façon aussi explicite. Balançant entre thriller, gore, serial killer, voire épouvante, j'avais beaucoup de mal à cerner le genre du bonhomme et n'étais pas vraiment tenté. Cette chronique solidement argumentée me fournit d'excellentes raisons de prendre le temps de découvrir ce romancier à succès.

Sacrée chronique !

J'avais délaissé King depuis quelque temps (Cellulaire m'avait vraiment déçu) Mais ta chronique me donne envie d'aller jeter un oeil à Blaze. King réussit à nous faire rentrer dans l'intimité des personnes qu'il met en scène. On a dit de lui qu'il décrit les foyers américains quand ils ont fermé la porte de leurs maison. Merci pour ton avis.

KING LE GRAND

ANECDOTE VECUE

il y a quelques années, en visite dans une classe de lycéens pour parler polar, je pose la question: combien parmi vous lisent-ils ?

Quelques mains se lèvent. Je pose une seconde question : qui parmi vous a lu Stephen King ? Toute la classe lève la main. Conclusion : les préjugés ont la vie dure. Ces jeunes lecteurs de Stephen King considéraient que ce n'était pas de la littérature. Mais cette connerie sans nom ils ne l'ont pas inventé. Encore des censeurs qui ont décrété ce qui est ou n'est pas littéraire et très certainement ils n'ont même pas lu ce romancier populaire, le grand stephen King

:-)

Merci pour ce réajustement digne d'une rentrée des classes !

biz

bel article

King est un vieux souvenir, tu donnes envie d'y replonger avec ivresse.