roman noir (21)
http://www.salondupolar.com/
SALON DU POLAR DE MONTIGNY-LES-CORMEILLES
Espace Léonard de Vinci - Rue Auguste Renoir - Tél : 01 30 26 30 50 - E-mail : culture@ville-montigny95.fr
Vendredi de 18H à 22H, Samedi de 9H à 20H, Dimanche de 10H à 19H
ENTRÉE LIBRE
Vendredi de 18H à 22H
Samedi de 9H à 20H
Dimanche de 10H à 19H
Fin : 07/12/08 - 19:00

Bernard Strainchamps, libraire et créateur du site bibliosurf lance une enquête très intéressante auprès des lecteurs de polars sur le polar anglais. Si les différents lecteurs du forum veulent s'y coller... je vous donne le lien :
http://www.bibliosurf.com/spip.php?page=anglais.
... se promène le roman noir, NOIR URBAIN, éditions Autrement.
Collection conçue par Henry DOUGIER et dirigée par Claude MESPLEDE (noirc'estnoir)
"Noir urbain" veut saisir au travers de fictions courtes, incisives, focalisées sur un fragment précis d'une ville, l'esprit du temps, les gens et les moeurs d'aujourd'hui. Comme le grand roman noir, ethnographique, des milieux urbains contemporains.
A cette collection je ne vois que des avantages :
Allier le plaisir des images à celui des mots par de superbes photographies noir et blanc,
Tester un auteur en investissant seulement une centaine de pages, parfois bien moins, c'est le livre d'une soirée ou deux ... ,
Petit format léger et sans prétention qui se glisse dans la poche du blouson pour parer à toute circonstance,
La découverte d'un lieu urbain particulier, essentiellement parisien je crois, c'est presque un aspect touristique,
Une présélection d'auteurs par l'expert du genre ;-) soit comment ne pas perdre de temps, dégustez des échantillons choisis !
La vie payenne, Jean-Bernard POUY
64 pages, dont 17 pages de photographies par Stéphanie LEONARD. ISBN 9 782746 705111.
Petit récit donc, une nouvelle, qui prend place au square Georges CAIN, rue Payenne. C'est l'histoire de cinq jeunes gens qui s'étaient dit rendez-vous dans 10 ans ...
Je ne peux rien vous dire d'autre sans déflorer l'histoire, si ce n'est qu'en quelques pages JB Pouy parvient à traiter d'un débat de société brûlant et poignant, donne une véritable identité à ses personnages, tout en diséquant un jardin public confidentiel.
C'est suffisant pour cerner un style, et surtout une humeur. Le ton humoristique est indéniable mais il est bien noir. J'y ai vu du sarcasme et de la raillerie, un ton tellement caustique qu'il n'y a aucune drôlerie, plutôt de l'aigritude. C'est noir certes, mais c'est pour mon goût à la limite du pesant.
A lire un jour où tout va bien.

La Vie payenne
Jean-Bernard Pouy (Livre)La santé de la planète est aujourd'hui une exigence majeure. Le sujet est également devenu actuel dans le roman noir. Petite promenade à travers quelques-uns de ces livres mais la liste est loin d'être complète. Vous pouvez aider à l'étoffer en ajoutant des titres manquants.
Les années 70 portent la trace des premiers textes traitant de l'écologie. L'Étasunien Michael Collins, créateur du détective privé Dan Fortune, personnage toujours du côté des laissés pour compte, aborde ce thème en 1971 dans Le Vent mauvais (1) où la fille du maire de Dresden, fervente écolo, est assassinée. L'enquête révélera qu'elle était opposée à son père sur des questions de pollution. Un autre Collins, Max Allan de son prénom, pose déjà en 1986 dans La Polka des polluants(1) la question du stockage des déchets dangereux Que deviennent-ils par exemple dans cette usine productrice de dioxine utilisée par l'armée américaine pour défolier la nature vietnamienne ? Nul ne le sait ou ceux qui savent n'ont guère l'occasion d'en parler car cette usine dénombre un taux élevé de suicides parmi son personnel. Fable sociale, La Grenouille aux pattes d'or (1) de Jonathan Fast dresse le portrait d'un sénateur qui soutient un groupe écologiste défenseur d'un marais à grenouilles contre la construction spéculative. En réalité, l'élu a prévu de faire voter un projet de loi pour exploiter le sous-sol riche en pétrole. En 1983, dans La Danse de l'ours (2) Milo, le détective créé par James Crumley, démasque une société qui sous couvert de traitement des ordures ménagères est une multinationale pratiquant la vente d'armes et de drogues. Habitué à décrire des policiers marqués par les horreurs qu'ils côtoient, Joseph Wambaugh, aborde aussi l'écologie dans le truculent Une semaine d'enfer (3). Il dénonce les dérives suscitées par l'appât du gain qui conduisent des industriels à déverser les déchets chez le voisin, dans un ravin mexicain plutôt qu'à les traiter. Le plus ancien militant sur ce thème, le progressiste John Ross MacDonald, introduira dans deux de ses derniers romans la notion de « crime écologique ». Il en est ainsi de l'incendie de la forêt de Santa Teresa déclenché pour dissimuler un meurtre (L'Homme clandestin (4), 1971) et de l'explosion d'une plate-forme de forage qui provoque une marée noire sur les côtes de Californie (La Belle endormie(4), 1973). Avec la même volonté d'alerter ses lecteurs, Georges J. Arnaud dénonce les méfaits des multinationales de la chimie (Plein la vue (5), 1976) et les menaces de l'industrie nucléaire (La Dalle aux maudits (5), 1974 et Brûlez-les tous ! (5), 1978), un thème également présent dans Meurtre au premier tour(6) qui marque en 1982 les débuts dans le roman noir de Didier Daeninckx où son inspecteur Cadin enquête sur la mort d'un militant écologiste.
Signe des temps et des urgences, ces thèmes exceptionnels dans le polar des années 70/80, ont tendance à se multiplier aujourd'hui avec en 2002, Royal cambouis (1) de Colin Thibert qui traite de déchets militaires et de gaz toxiques. Dans En direct (1994) de Norman Spinrad, le groupuscule des Brigades vertes, investit une station de télévision de Los Angeles pour faire entendre ses revendications écologiques. Gangraine(1) d'Elizabeth Stromme, dénonce en 1994, « l'agrobusiness », c'est à dire la tentative de main mise des multinationales sur le marché agricole. Le journaliste Carl Hiaasen ridiculise avec humour en 1991 les pollueurs dans Miami Park (2) où pour défendre la nature, deux mamies octogénaires affrontent la Mafia qui vient d'inaugurer un parc d'attraction dénaturant les côtes de Floride. Fervent écologiste, C. J. Box, qui habite l'état du Wyoming, consacre tous ses romans à Joe Pickett, un personnage de garde-chasse confronté aux exactions des pollueurs mais aussi des écologistes terroristes.
(1) Série noire, Gallimard, (2) Albin Michel ; (3) Presses de la Cité ; (4) 10/18, Grands détectives ; (5) Fleuve noir ; (6) Masque.
Yvonne BESSON est venue me surprendre dans ma lassitude de lectures décevantes.
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L'auteur
D'origine bretonne YB enseigne le français et vit à Dieppe, petite ville portuaire de haute-normandie. Prédestinée à la littérature par le contexte familial d'un père libraire et d'une mère enseignante.YB traite de ce qu'elle connait puisqu'elle situe ses romans policiers dans la petite ville de Marville, un clone de la ville de Dieppe, dans le milieu enseignant et culturel.
"un coin tranquille pour mourir" est son dernier roman paru en 2004, précédé de :
"meurtres à l'antique", 1998.
"la nuit des autres", 1999.
"Double dames contre la mort", 2002.
Quelques sites et interviews que j'ai trouvé intéressants sur le web :
http://www.seinemaritime.net/tourisme/Portraits-de-Seinomarins/continue-la/Yvonne-Besson
http://lycees.ac-rouen.fr/hurlevent/travaux/Besson/besson.htm
http://yvonnebesson.rayonpolar.com/
(sur le dernier site ci-dessus, site officiel d'Yvonne BESSON, vous retrouverez en bonne place quelques photos de notre ami Claude Mesplède)!
On peut aussi s'apercevoir que l'ambiance enfumée au goût de rhum de ce roman est assez autobiographique ...
L'histoire
Un tueur en série fait le récit de sa démarche meurtrière sur un journal intime destiné à sa postérité au fur et à mesure que ses crimes se déroulent autour d'un cercle d'enseignants de la ville de Marville.
Carole Riou nouvellement nommée commandant de police judiciaire à Rouen, et en pleine remise en question de sa vocation, va pourtant prendre en charge cette enquête au coeur d'une ville et d'un milieu qu'elle fréquente au quotidien.
Mon opinion
Ce roman m'a enchantée parce qu'il est délicatement venu se nicher dans ma boite aux lettres à un moment où j'avais besoin de lui. J'ai plongé toute entière dans ce portrait sans pitié d'une communauté intellectuelle provinciale qui tente de maintenir l'activité culturelle d'une ville échouée. L'historique économique de Marville, son contexte social, et l'actualité politique des réformes de l'enseignement permettent à l'auteur de développer des personnages réalistes en crise morale.
J'ai trouvé cependant que l'auteur a un peu trop politisé son roman en plaçant ouvertement le clivage gauche intellectuelle/droite cupide d'une manière très réductrice. J' ai aussi regretté de ne pas trouver chez YB l'humour qui me plait tant chez Fred Vargas ou Brigitte Aubert.
Très intéressant également dans ce roman un petit plaidoyer pour la littérature policière, et pour ses auteurs qui ne déméritent pas d'écrire du polar plutôt que de la poésie ou du théâtre, tandis que le thriller sanglant et complaisant est fustigé. Je vous livre, une fois n'est pas coutume, un petit extrait :
" - Vous semblez mettre tous les livres dans le même sac à chimères. Il n'y a pas que ceux que lit Marc ! Je concède qu'ils s'apparentent à un jeu, genre Cluedo. Mais beaucoup de romans noirs décrivent bien la réalité, dénoncent une société pourrie engendrant des tueurs froids, ne se complaisent pas dans l'enquête pour l'enquête. On en a besoin, non, de cet oeil critique de l'écrivain sur le monde qui l'entoure ?"
"un coin tranquille pour mourir" est l'illustration exacte de la description ci-dessus, d'ailleurs l'enquête pour l'enquête et le dénouement ne vous apporteront pas tant de plaisir que la peinture de ce microcosme littéraire sous la pluie d'une petite ville de province qui se meurt.
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Un coin tranquille pour mourir
Yvonne Besson (Livre)Je ne me sens pas très à l'aise dans l'exercice des fiches de lecture. Loin s'en faut ! et pourtant j'adore vous lire, merci à vous qui savez partager le détail de vos lectures et susciter notre curiosité :-)
Je suis surprise qu'ici il n'a jamais été évoqué d'auteur nordique. Ils sont pourtant encensés par les lecteurs ainsi que la critique. Leurs romans s'arrachent chez les libraires de même qu'ils innondent les têtes de gondoles. Le Best seller de l'été me semble sans conteste la trilogie de STIEG LARSSON, Suédois. Nous connaissions déjà le Suédois HENNING MANKEL, il y a l'Islandais ANALDUR INDRIDASON, JO NESBO un Norvégien, ... et j'en oublie certainement beaucoup d'autres !
Les avez-vous lus ? qu'en pensez-vous ? les auteurs de polars nordiques peuvent ils damer le pion aux anglo-saxons ?
Le nom de Michel Boujut évoquera peut-être pour vous « Cinéma cinéma », cette célèbre émission de télévision des années 80/90 dont le générique nous montrait un individu en trench coat ouvrant dans un long couloir une multitude de portes (Eddie Constantine dans Alphaville de Godard). Grand amateur de cinéma et de jazz, touche-à-tout de génie, Boujut est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages dans lesquels il mêle souvent ses passions. Ainsi son roman Les Jarnaqueurs (1998), est une aventure de Gabriel Lecouvreur surnommé le Poulpe, ponctuée de références cinématographiques. L'action se déroule à Jarnac, sa ville natale où le cercueil contenant le corps de François Mitterrand a disparu. Souffler n'est pas jouer (2000), met en scène Louis Armstrong et son orchestre qui viennent d'arriver à Paris, durant l'année 1934. Deux gangsters américains ont pour mission de ramener le célèbre trompettiste aux Etats-Unis. Son plus récent opus porte un titre qui, certainement, figurera pour sa longueur dans le livre des records : « La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive ». Le point de départ de ce récit s'inspire d'un fait divers survenu à Toulouse en janvier 1959. Le jeune patron d'une boîte de jazz fut abattu par le chef d'un trio de malfrats qui voulait obliger la victime à payer leur protection. Mêlant fiction et réalité, Michel Boujut raconte avec sa verve coutumière le parcours de Marie-Thérèse, la maîtresse du tueur.
Bibliographie :
Michel Boujut : La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive, Rivages/noir, 178 pages, 8 euros.
le dernier roman de Mo HAYDER publié en poche

Voilà plusieurs mois que je ne publiais rien. Plusieurs raisons à cela, dont un grand manque d'enthousiasme, en effet mes dernières lectures m'ont beaucoup déçue. C'est une discussion avec xanadu qui m'a convaincue de publier de brefs avis qui ne seront peut-être pas très ciselés, mais auront le mérite de diffuser quelques unes de mes opinions. Par avance, merci de ne pas m'imaginer en vieille mégère aigrie parce que mes avis sont une série noire de déceptions.
Je commence par le dernier lu : PIG ISLAND de Mo HAYDER
Biographie de l'auteur : Enfant terrible, Mo Hayder délaisse les études à l'âge de seize ans. Après dix années d'errance londonienne, " sexe, drogue et rock'n'roll ", elle décide, un aller simple en poche, de s'envoler pour le Japon. Elle y exerce les métiers de serveuse, éducatrice et professeur d'anglais, avant de partir pour les Etats-Unis faire des études de cinéma. De retour en Angleterre, elle occupe un poste dans la sécurité comme garde du corps et écrit Birdman, qui devient un best-seller. L'Homme su soir et Tokyo, Grand Prix des Lectrices de Elle, en 2006, confirment son succès.
Quatrième de couverture : Le journaliste Joe Oakes est un sceptique-né et n'a jamais eu qu'un seul credo : tout s'explique rationnellement. En débarquant sur Pig Island, un îlot perdu au large de l'Ecosse, il est fermement décidé à vérifier si la trentaine d'allumés qui y vivent en vase clos - sous le titre pompeux de 'ministres de la cure psychogénique' - vénèrent le diable comme les en accusent les gens de la côte. Il veut aussi découvrir ce qu'est devenu le fondateur de la secte, le pasteur Malachi Dove, un charlatan qu'il a connu dans sa jeunesse et qui ne s'est pas manifesté depuis vingt ans. Enfin et surtout, il veut tordre le cou au mythe du monstre de Pig Island - une mystérieuse créature filmée deux ans plus tôt sur le littoral désert de l'île par un touriste. Mais rien, strictement rien ne se passe comme prévu...
Joe Oakes, journaliste spécialisé dans la démystification des phénomènes paranormaux, se rend sur Cuagach Eilean (en gaélique, l'île aux cochons), une « pierre précieuse entre Luing, Jura et la péninsule de Craignish, dans un écrin de mer à l'embouchure du Firth of Lorn. » Pourquoi ce surnom ? Autrefois, on y élevait des cochons. C'est un roman noir aux accents gothiques. Le premier que je lis de cet auteur, attirée par la très belle couverture qui rend une ambiance mystérieuse, sombre et presque humide. Nous sommes en terre de légendes, sur une île isolée, non loin de l'Ecosse voilée de brume, j'ai cru entrer dans un thriller aux frontières du genre fantastique.
Au début on y croit, il y a des petits airs du film "le village" de Night Shyamalan, mais malheureusement le soufflet retombe rapidement. Ne serait-ce que par la narration à deux voix qui coupe le rythme. L'épouse du personnage principal, Lexie, intercède le récit de quelques lettres à son psy, cette construction tue l'ambiance et au final n'apportera rien de convaincant, tout au contraire quelques incohérences et des détours inutiles sans aucun aboutissement. Si cette manoeuvre de l'auteur avait pour seul but de lui fournir une victime, c'est cher payé par le lecteur.
Le dénouement qui était assez attendu (en ce qui me concerne) n'arrivera qu'à la toute fin du livre pour vous décevoir probablement avec son insinuation diabolique plutôt grotesque. Un petit nuage noir qui se dissipe au dessus d'une tête pour illustrer un esprit maléfique ... franchement on a vu mieux !
J'évite comme toujours de vous raconter l'histoire, habituellement c'est pour vous laisser toute la découverte et parce qu'à mon sens un avis n'est pas un résumé. Cette fois c'est surtout parce que, si en plus vous connaissez un peu l'histoire, vous n'avez vraiment aucune chance d'aller au bout de cet épais roman sans relief.
Je suis bon public néanmoins car je viens d'acheter "Birdman" du même auteur qui a très bonne presse ...

Les guerres ont souvent servi de décor à des fictions policières tant ces périodes tourmentées s'accordent avec l'atmosphère du thriller et du roman noir. Plusieurs romans récents en fournissent à nouveau une brillante illustration ;
J'ai fait la connaissance d'Alain Berenboom en février dernier au salon polar de Bruxelles. Avocat spécialiste des droits d'auteur, professeur à l'Université libre de Bruxelles, administrateur de la cinémathèque royale de Belgique et chroniqueur au quotidien belge « Le Soir », il a également publié six romans. Son dernier opus, Périls en la demeure, débute à Bruxelles, le 8 janvier 1947. La guerre et les années d'occupation allemande ont bouleversé l'existence des citadins et les personnes disparues se comptent par dizaines. Cette situation a incité Michel, ancien fonctionnaire, à devenir détective privé. Une jeune femme l'engage pour retrouver son frère Yann, brusquement disparu. Ancien résistant, il travaillait depuis la libération du pays au ministère des Affaires étrangères. La recherche de Yann s'avère compliquée car, le lecteur le comprend rapidement, cette disparition dissimule un lourd secret. Pour cette raison, Michel Van Loo, enquêteur débutant, rencontre bon nombre d'obstacles car ils sont plusieurs à vouloir empêcher que certains faits soient étalés au grand jour. Par exemple, comment des familles belges se sont enrichies sur le dos des juifs. Au-delà de ces faits connus mais qu'il convient de rappeler régulièrement, l'action se déroule sur fond de guerre civile larvée entre les partisans du roi Leopold III et ceux qui préfèrent l'instauration d'une république. Dans ce bouillonnement politique, les divers partis se réclamant du communisme passent le plus clair de leur temps à se disputer entre eux. Après bien des péripéties, le détective touche au but, soutenu efficacement par Anne, son amie de cœur, Federico, un coiffeur italien, ancien partisan communiste et Hubert, un pharmacien juif. Nostalgique et drôle, ce roman qui explore le passé de la Belgique tendrait à démontrer que la crise apparue en 2007, menaçant le pays de scission entre Flamands et francophones, a débuté il y a soixante ans.
La ville sans regard, premier roman de Mathias Bernardi, se déroule du 2 au 17 octobre 1942 dans Paris et sa banlieue sous occupation nazie. Le propos, parfaitement réussi, de l'auteur, est de dépeindre comment cette situation extrême favorise tous les possibles et secrète tous les drames. Selon un procédé inauguré par James Ellroy, la narration, fort bien maîtrisée, s'articule autour de plusieurs personnages centraux au caractère bien trempé dans le cynisme et l'absence de moralité. Les plus abjects sont français : le chef gestapiste Gaillac et son adjoint Xavier Dailans. Celui-ci, lors de l'interrogatoire musclé d'un groupe de cheminots résistants, apprend qu'un convoi de tableaux volés par les nazis doit bientôt partir d'une gare proche à destination de Berlin. À l'insu de son chef, Dailans s'entoure de quelques spécialistes à sa solde et les membres de son petit commando, déguisés en soldats SS, assassinent les sentinelles du train pour dérober une douzaine de toiles de grande valeur. Le vol découvert, l'effervescence est de mise parmi les hauts gradés de l'armée allemande. Une enquête est confiée au commandant Vorminski qui parle couramment français. Il trouve un solide appui auprès de Thomas Lavrenti, un jeune policier français proche de la résistance mais désireux de se venger des gestapistes qui l'ont humilié puis battu à mort. Démasqué par son supérieur, Xavier Dailans est obligé de lui révéler les détails du vol tout en lui garantissant une grosse partie du butin. Mais pour garantir leur sécurité vis-à-vis des officiers nazis qu'ils côtoient quotidiennement, ils ne tolèreront aucune personne susceptible de les identifier. Pour ce faire, ils multiplieront les provocations, les assassinats, les chantages, les exécutions de résistants et d'otages et le récit s'achèvera de façon inattendue pour le lecteur mais tout à fait dans la logique de cette histoire très noire. Précisons qu'il ne s'agit pas d'une analyse sociologique de l'occupation, mais d'un thriller très efficace, bien construit avec des personnages forts et habiles en manipulation. La ville sans regard, premier roman du trentenaire Mathias Bernardi, constitue une belle réussite.
Nourri très jeune de littérature américaine, Roger Martin est connu comme l'un des grands spécialistes de l'histoire des Etats-Unis, en particulier du ku klux klan sur lequel il a composé une série en bandes dessinées qui compte actuellement six albums. Avec son dernier roman, Jusqu'à ce que mort s'ensuive, il a choisi de raconter une histoire qui explore le racisme au sein même de l'armée américaine. On aurait pu penser que lorsque des hommes sont ensemble confrontés au même danger, ils ne se soucient pas de la couleur de leur peau. Pas du tout. C'est la cruelle réalité qui frappe de plein fouet Douglas Bradley, un fils de la bourgeoisie noire d'Atlanta, dont le père, supporter du président Bush, est le patron local de Coca Cola. Hélas pour le papa, son rejeton, brillant étudiant, n'a pas envie de finir sa vie dans les bouteilles. En effet, Douglas, suivant l'exemple de Colin Powell, rêve de faire une carrière comme officier dans l'armée. Il déchante lorsque sa candidature est rejetée et davantage encore lorsqu'il en découvre la raison : « en 1944 son grand-père, alors soldat débarqué en Normandie, accusé de viol, a été pendu ». Pourtant Douglas ne se résigne pas. Convaincu de l'innocence de son aïeul, il entame une quête. En France, sur les lieux du drame, après bien des péripéties, il découvre l'incroyable vérité. Méfiez-vous car ce thriller fort dérangeant de Roger Martin est le genre d'ouvrage capable de vous faire passer une nuit blanche. Il s'agit d'un roman, mais un avertissement précise qu'entre 1944 et 1945, une centaine de soldats noirs furent exécutés en France, en Angleterre et en Belgique.
Faute de place, mentionnons deux autres excellents titres : La cote 512, de Thierry Bourcy (Folio policier) le jeune flic Célestin Louise, en première ligne à Verdun en 1914, enquête sur la mort de son lieutenant tué d'une balle dans le dos. Qui se souvient de Paula ?, de Romain Slocombe (Syros « Rat noir »). Paule Carlin, fille d'un peintre célèbre, échappe à la rafle du Vel' d'Hiv' du 16 juillet 1942, mais...
Bibliographie
Alain Berenboom : Périls en ce royaume (Bernard Pascuito éditeur), 330 pages, 17,95 euros.
Mathias Bernardi : La ville sans regard (JC Lattès), 412 pages, 18 euros.
Roger Martin : Jusqu'à ce que mort s'ensuive (Le Cherche Midi) 366 pages, 17 euros.
Le salon du livre de Pen'March (Morbihan) a attribué le prix du Goéland masqué au roman Black Power (édit. du Barbu). Ce savoureux polar est signé Yvon Coquil, ouvrier aux chantiers navals de Brest.
Major rattaché à la brigade des mineurs, Paul Nazutti est alcoolique, raciste, misogyne et homophobe. Outre les homosexuels, il ne paut pas supporter "les intellectuels, les travailleurs non manuels, les présentateurs de télé, les chanteurs de variété, les jeunes en général et les étudiants en particulier", et on en passe. Homme de terrain aux manières peu orthodoxes, Nazutti que l"on surnomme "le bouledogue", est le genre de policier n'hésitant pas à faire justice lui-même pour éradiquer de la surface de la terre pédophiles et violeurs...
On a beaucoup parlé du nouveau livre d'Antoine Chainas, auteur viscéral, certains ont même parlé d'un Ellroy français. C'est un très bon bouquin, bien violent, l'ouverture est très réussie, le lecteur en prend plein la figure mais il faut quand même rester modeste, ce n'est pas encore Ellroy. Les différents personnages sont bien campés, mais Nazutti est diablement puissant, c'est toujours assez étrange de s'attacher à un pareil animal. Car c'est un chien enragé en guerre contre le monde entier, point de salut dans ce monde hideux. Versus est à lire car ça fait quand même du bien de voir des auteurs français qui prennent des risques et sortent des livres originaux. Un des nombreux points forts du livre et pas des moindres ce sont les différents niveaux de langues mélangés, mixés: le langage vulgaire et brutal d'un Nazutti impitoyable, le vocabulaire presque jargon policier et le style de l'écriture beaucoup plus soutenu, on ne s'ennuie jamais à la lecture de ce pavé. J'aurai un seul vrai reproche à faire : on reste un peu sur sa faim à la fin. dommage. Mais Chainas est un sacré écrivain qu'il faut surveiller.



