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Sur le dessus de ma vertigineuse PAL * se trouve "Chute libre" d' Emilie de Turckeim, collection "le Rouge et le Noir" éditions du Rocher, estampillé : Appellation Contrôlée Littérature Policière.


J'ai donc profité à fond de ce jour férié, je me suis plongée en "chute libre", mais la réception sur sol bétonné m'a un peu gâché l'après-midi pour finir en sieste étourdissante. En effet, E. de Turckeim est bien mal desservie par son éditeur : jusqu'à la page 224 je suis déjà bouleversée par 3 Enaurmeuh Fôtteux dortograf. Puis vient le pire, et l'inévitable frustration : Manque des pages de 224 à 261, remplacées par un doublon des pages 193 à 224 !!


Dommage le style et l'intrigue prenaient toute leur ampleur.


Comme je suis en colère, j'en profite pour préciser que la couverture ne vaut pas un coup de cidre, le cartonnage assez rustique s'effrite en un ou deux voyages en sac à mains ... le tout pour 15 euros si on ne vous l'a pas offert.


*PAL :Pile A Lire

Bernard Strainchamps, libraire et créateur du site bibliosurf lance une enquête très intéressante auprès des lecteurs de polars sur le polar anglais. Si les différents lecteurs du forum veulent s'y coller... je vous donne le lien :

http://www.bibliosurf.com/spip.php?page=anglais.

sept.
21

2 avis pour le prix d'un !

STATION ANVERS, DIRECTION LES ETOILES - José-Louis BOCQUET, photographies Stéphanie LEONARD.


Je commence par le dernier lu et le moins aimé, voire pas.


D'entrée la petite nouvelle semble alléchante par le quartier Anvers entre Pigalle et Barbès, pensez donc, on s'attend à une plongée dans les couleurs, les cris, les odeurs parmi les traînards, les petits vendeurs et les échappées ... Hélas rien de tel, le quartier est à peine évoqué. Alors l'histoire peut-être effacera cette déception, on pénètre le bureau d'un producteur musical minable qui se nommera K. jusqu'au bout. Mais les personnages ne prendront jamais d'épaisseur, et le diminutif K. d'intriguant deviendra pathétique puisqu'inexplicable. On arrive à la fin de l'histoire et il est rapporté qu'un crime fut (enfin) commis, pour des raisons sans intérêt et par des personnages qui le demeurent. Bref, c'est un gros flop, une histoire pour rien.


ROUGE GORGE, RUE DU FAUBOURG DU TEMPLE - François SALVAING, Photographies Stéphanie LEONARD.


Là c'est autre chose ! Une fine plume découverte avec délices, une histoire qui s'alourdie au fil des pages et des images, des détails distillés avec puissance et parcimonie. J'ai adoré.


Le quartier du Faubourg du Temple, entre République et le Canal St martin, est merveilleusement dépeint, tout j'ai tout retrouvé*. L'intrigue, car intrigue il y a, non la narratrice n'est pas folle, se noue subtilement. Les personnages se dévoilent par bribes, presque par inadvertance. Il y a, comme un bonus, une véritable toile de fond : la maladie, le chemin de croix physique et psychique de la chimiothérapie.


De plus en plus lourd et noir, le déroulement du récit pourtant court, développe le malaise du lecteur pour l'amener à la consternation finale.


Du grand art, un échantillon magistral.


Je ne manquerai pas de relire François SALVAING.


* BARBARA - Mon enfance


Merci encore à Claude MESPLEDE pour la découverte de ces auteurs, je rappelle qu'il a dirigé cette collection. (Editions autrement)

août
27

L'ange des Ténèbres - Caleb Carr

  • Par memess le 27/08/08 - 14:30
  • Dernier commentaire ajouté il y a 3 mois

Résumé et critique.

Court résumé :


La femme d'un diplomate espagnol engage Miss Sara Howard pour retrouver sa petite fille Ana dans un contexte difficile en effet des tensions éclatent régulièrement entre l'Espagne et l'Amérique et avec en toile de fond une crise potentielle à Cuba. Ce qui n'empêchera pas la bande à Lazlo Kreizler a partir en chasse ...


Critique :


Dans "l'Alieniste" Mr Moore, journaliste, était le narrateur alors qu'ici c'est désormais Stevie un gosse des rues recueilli par Lazlo. Caleb Carr réussit à reprendre quasiment la même équipe autour de l'Aliéniste en creusant leurs personnalités tout en changeant complètement d'approche au niveau de l'intrigue. Dans "l'Alieniste" le but était de démasquer le coupable à l'aide de son profil psychologique alors que dans "l'ange des ténèbres" on connait quasiment immédiatement la coupable mais il s'agit de trouver des preuves et de remonter la trace de cet ange des ténèbres ... L'aspect psychologique est toujours aussi bien traité avec des débats passionnants mené de main de maître par Lazlo Kreizler. L'aspect historique n'est pas en reste car l'intrigue est située juste avant la guerre hispanico-américaine de 1898 et on retrouve aussi le personnage historique de Théodore Roosevelt. On reprochera cependant quelques petites longueurs dans la première partie mais cette faute est vite pardonnée par la qualité de l'intrigue et grâce aux dialogues savoureux.


Avec une approche différente de l'Aliéniste, Caleb Carr réussit encore un tour de force à ne pas manquer pour les amateurs de romans historiques et psychologiques.

août
8

Un mauvais cheval à découvrir

  • Par noircestnoir le 08/08/08 - 13:23
  • Dernier commentaire ajouté il y a 3 mois

Il y a deux ou trois mois de cela, j'ai retrouvé une vieille connaissance sous la forme d'un recueil de nouvelles intitulé Le Mauvais cheval. L'auteur s'appelle Damon Runyon. J'ai commencé à lire des textes de ce nouvelliste il y a belle lurette sur les conseils de Robert Soulat qui dirigeait à cette époque la collection "série noire". Il m'avait conseillé la lecture de damon Runyon qu'il considérait comme un précurseur du genre. C'est ainsi que je découvris la biographie d'un individu hors norme qui avait réussi à intégrer l'armée américaine à l'âge de quatorze ans lorsqu'un conflit éclata entre son pays et l'Espagne à propos des Philippines. Plus tard journaliste, il devient expert sportif et fait merveille pour relater l'ambiance d'un combat de boxe ou d'une course de chevaux. Au début des années 30, Runyon commence à écrire des contes qui se déroulent généralement à Broadway. Il se retrouve tous les soirs dans ce quartier new-yorkais, au restaurant Lindy. Côtoie toute la nuit la faune qui hante ces lieux et au petit matin, rentre chez lui écrire un conte que les réseaux de journaux s'arrachent car Runyon possède l'art de la narration. Non seulement il écrit tout au présent mais il sait rendre vivantes les scènes les plus quotidiennes en usant d'un argot empreint de poésie, sans jamais une once de vulgarité ; il met en scène le monde populaire, les paumés, les prostituées et les gros durs pour lesquels il invente des surnoms pittoresques : Poudre d'escampette, Cal Orifère, Kid la pastille, Hymie œil de banjo, et raconte de truculentes histoires pleines d'humour et de sagesse. Ce nouveau recueil présente neuf textes inédits qui devraient vous séduire. Dernier détail : 29 films ont été tirés de ses contes notamment Blanches colombes et vilains messieurs avec Frank Sinatra et Marlon Brando.

On peut aussi trouver en folio "Broadway mon village", "Nocturnes dans Broadway" et "Le Complexe de Broadway". Humour garanti !


Damon Runyon : Le Mauvais cheval , Rivages poche, 265 pages, 8,50 euros.



août
5

PAYS NORDIQUES - TOUJOURS DU NOUVEAU

  • Par noircestnoir le 05/08/08 - 19:55
  • Dernier commentaire ajouté il y a 2 mois

Ce texte est dédié à Cridouce qui cherche des romans nordiques


Voici trois ouvrages de qualité signés AINO TROSELL, nouvelle venue au cœur de l'inépuisable vivier des romanciers nordiques.


J'ai mis du temps à repérer cette romancière car sa première traduction en français est parue en 2006. Mais il n'est jamais trop tard pour lire des œuvres de qualité. Alors qui est cette dame ? Une Suédoise du nom d'Aino Trosell. Et je ne crois pas qu'il s'agisse d'un phénomène de mode même si certaines maisons peuvent être tentés de publier du « nordique » parce que c'est porteur.


Il y a une réelle qualité littéraire chez tous ces romanciers souvent invités dans les festivals de polar. Par exemple, pour le salon « Quai du polar » qui s'est tenu à Lyon durant le dernier week-end de mars, étaient présents Karin Alvtegen (Suède) et Analdur Indridason (Islande) primé dans le monde entier, notamment en France où l'an passé il a reçu le trophée de l'association 813 et le prix polar des lectrices de Elle. Revenons à présent à la découverte évoquée au début.


Même si sa première traduction, Si le cœur bat encore, date de 2006, Aino Trosell n'a pourtant rien d'une débutante. Voilà presque trente ans qu'elle écrit. Elle a débuté en 1978 mais son premier livre, Socialsvängen, est resté inédit en France. Née en 1949 à Malung, elle a travaillé sur des chantiers navals comme soudeuse, avant de devenir assistante sociale et enfin, à partir de 1985, de pouvoir se consacrer à temps plein à l'écriture. Ses ouvrages s'inscrivaient alors dans la veine du roman prolétarien (une tradition vivace en Suède) qu'elle a bien servi grâce à sa vision perspicace et lucide sur la société et la nature humaine. En 1999, elle s'oriente vers le polar et publie l'année suivante Si le cœur bat encore, premier volet d'une trilogie dont la protagoniste, Siv Dahlin, est aide-soignante. Le choix même d'une telle héroïne dénote bien qu'on va lire un polar qui sort des sentiers battus et on ne sera pas étonné d'y trouver des considérations sociales mêlées à l'intrigue policière. Cet opus a reçu en son temps le prix du meilleur polar de l'année en Suède.


Siv travaille dans une maison de retraite peuplée de trente-cinq pensionnaires et doit se lever très tôt le matin alors que le reste de la maisonnée dort encore. Jan, son mari, est responsable syndical. Pour avoir dénoncé des activistes nazis et publié leur photo dans le journal syndical, un couple de militants vient d'être assassiné. Et ce n'est pas la première fois que se manifestent ces procédés terroristes. Siv est inquiète même si sa vie est loin d'être une partie de plaisir. Un de ces matins où rien ne va, un pensionnaire décède presque entre ses bras. Elle apprend quelques instants plus tard que sa vieille tante Ingebord, qui s'était retirée à la campagne, a été découverte par un voisin, morte de froid, à proximité de sa cave. Un malheur n'arrivant jamais seul, le même jour, elle découvre par hasard que son mari a une liaison avec une juriste plus jolie et plus jeune qu'elle. Refoulant ses larmes et sa peine, Siv quitte son foyer et s'installe dans la maison de feu sa tante. Mais l'endroit va se révéler bien moins calme qu'elle ne le supposait car l'environnement champêtre peut être aussi dangereux que celui d'une ville.


Narratrice durant tout le récit, Siv soliloque en permanence pour raconter ses sentiments les plus intimes, ses douleurs et ses peines, ses angoisses et ses petits moments de plaisir. Cette accumulation de détails provoque un ralentissement du rythme de la narration. Mais ce qui pourrait apparaître comme un défaut, relève plutôt d'une certaine originalité car toutes les remarques énoncées par l'héroïne sont teintées de bon sens assorti d'un aspect pratique plus ou moins développé.


Siv poursuit ses aventures dans Ne les regarde pas dans les yeux où elle travaille comme femme de ménage dans l'hôtel luxueux d'une station de sports d'hiver. Un congrès à propos de la défense nationale doit s'y tenir mais l'atmosphère devient vite étouffante lorsque plusieurs personnes trouvent la mort dans d'étranges circonstances. Au cœur de ce drame, Siv est troublée par le comportement de certains invités. Sa curiosité lui fera découvrir une terrible vérité.


Le troisième volet de ce triptyque, La camisole de force, est paru juste avant l'été et je n'en ai pas encore commencé la lecture. Je sais cependant que le récit débute par la mort de Sammy, dix ans, tué lors d'un voyage scolaire par une balle perdue provenant d'un groupe de chasseurs d'élans. Un politicien à la retraite se dénonce et l'affaire va être classée. C'est alors qu'intervient Siv Dahlin qui ne peut pas se contenter d'une solution aussi évidente.


Ces trois volumes sont publiés aux éditions Balland

juil.
22

cochonnerie

  • Par fersenette le 22/07/08 - 18:05
  • Dernier commentaire ajouté il y a 2 mois

le dernier roman de Mo HAYDER publié en poche


Voilà plusieurs mois que je ne publiais rien. Plusieurs raisons à cela, dont un grand manque d'enthousiasme, en effet mes dernières lectures m'ont beaucoup déçue. C'est une discussion avec xanadu qui m'a convaincue de publier de brefs avis qui ne seront peut-être pas très ciselés, mais auront le mérite de diffuser quelques unes de mes opinions. Par avance, merci de ne pas m'imaginer en vieille mégère aigrie parce que mes avis sont une série noire de déceptions.


Je commence par le dernier lu : PIG ISLAND de Mo HAYDER


Biographie de l'auteur : Enfant terrible, Mo Hayder délaisse les études à l'âge de seize ans. Après dix années d'errance londonienne, " sexe, drogue et rock'n'roll ", elle décide, un aller simple en poche, de s'envoler pour le Japon. Elle y exerce les métiers de serveuse, éducatrice et professeur d'anglais, avant de partir pour les Etats-Unis faire des études de cinéma. De retour en Angleterre, elle occupe un poste dans la sécurité comme garde du corps et écrit Birdman, qui devient un best-seller. L'Homme su soir et Tokyo, Grand Prix des Lectrices de Elle, en 2006, confirment son succès.


Quatrième de couverture : Le journaliste Joe Oakes est un sceptique-né et n'a jamais eu qu'un seul credo : tout s'explique rationnellement. En débarquant sur Pig Island, un îlot perdu au large de l'Ecosse, il est fermement décidé à vérifier si la trentaine d'allumés qui y vivent en vase clos - sous le titre pompeux de 'ministres de la cure psychogénique' - vénèrent le diable comme les en accusent les gens de la côte. Il veut aussi découvrir ce qu'est devenu le fondateur de la secte, le pasteur Malachi Dove, un charlatan qu'il a connu dans sa jeunesse et qui ne s'est pas manifesté depuis vingt ans. Enfin et surtout, il veut tordre le cou au mythe du monstre de Pig Island - une mystérieuse créature filmée deux ans plus tôt sur le littoral désert de l'île par un touriste. Mais rien, strictement rien ne se passe comme prévu...



Joe Oakes, journaliste spécialisé dans la démystification des phénomènes paranormaux, se rend sur Cuagach Eilean (en gaélique, l'île aux cochons), une « pierre précieuse entre Luing, Jura et la péninsule de Craignish, dans un écrin de mer à l'embouchure du Firth of Lorn. » Pourquoi ce surnom ? Autrefois, on y élevait des cochons. C'est un roman noir aux accents gothiques. Le premier que je lis de cet auteur, attirée par la très belle couverture qui rend une ambiance mystérieuse, sombre et presque humide. Nous sommes en terre de légendes, sur une île isolée, non loin de l'Ecosse voilée de brume, j'ai cru entrer dans un thriller aux frontières du genre fantastique.


Au début on y croit, il y a des petits airs du film "le village" de Night Shyamalan, mais malheureusement le soufflet retombe rapidement. Ne serait-ce que par la narration à deux voix qui coupe le rythme. L'épouse du personnage principal, Lexie, intercède le récit de quelques lettres à son psy, cette construction tue l'ambiance et au final n'apportera rien de convaincant, tout au contraire quelques incohérences et des détours inutiles sans aucun aboutissement. Si cette manoeuvre de l'auteur avait pour seul but de lui fournir une victime, c'est cher payé par le lecteur.


Le dénouement qui était assez attendu (en ce qui me concerne) n'arrivera qu'à la toute fin du livre pour vous décevoir probablement avec son insinuation diabolique plutôt grotesque. Un petit nuage noir qui se dissipe au dessus d'une tête pour illustrer un esprit maléfique ... franchement on a vu mieux !


J'évite comme toujours de vous raconter l'histoire, habituellement c'est pour vous laisser toute la découverte et parce qu'à mon sens un avis n'est pas un résumé. Cette fois c'est surtout parce que, si en plus vous connaissez un peu l'histoire, vous n'avez vraiment aucune chance d'aller au bout de cet épais roman sans relief.


Je suis bon public néanmoins car je viens d'acheter "Birdman" du même auteur qui a très bonne presse ...






Salut la Compagnie du Polar, et autres Noirs,


Je me décide enfin à alimenter cette boite de Pandore, avec un auteur qui ne me semble pas encore cité ici Jasper Fforde, franchement jubilatoire et inclassable.

Et comme j'ai la flemme de prendre la plume, je cite une critique bien faite.

Alors, laissez-vous embarquer en ces temps difficiles, Thurday Next nous fait voyager dans un drôle d'univers , sans compter que les bibliothécaires et autres documentalistes seront charmés ...


Magali


"L'affaire Jane Eyre" et "Délivrez-moi" de Jasper FFORDE

["The Eyre Affair", 2001 et "Lost In A Good Book", 2002]

EDITIONS FLEUVE NOIR

Par PAT

La détective Thursday Next a 36 ans, un dodo domestique régéné version 1.2, dont le travail routinier est de débusquer les faux Shakespeare. Elle appartient à la Brigade Littéraire, OS-27 [soit le 27ème niveau des Opérations Spéciales, les OpSpecs.]

Et sa vie pourrait être simple si l'être le plus malfaisant de la planète, celui dont on ne doit pas prononcer le nom, ne s'était emparé du manuscrit original d'un classique de DICKENS, menaçant d'en transformer irrémédiablement la trame. Et ce n'est que la première des catastrophes qui la menace...

Quintessence du roman anglais iconoclaste et parfaitement irrévérencieux, le travail de Japser FFORDE est de ceux qui marquent. Avec une maîtrise très personnelle de la langue classique et des règles de la littérature, ce gallois flegmatique retourne et détourne les codes de la narration, livrant des romans aussi absurdes que drôles, aussi sérieux qu'intelligents.

Situés quelque part entre la science fiction, le polar, la comédie, la parodie ou même [soyons fous] l'hommage discret aux Classiques, "L'affaire Jane Eyre" et sa suite, "Délivrez-moi", posent les fondations d'une série qui atteint pour l'instant les cinq tomes. En attendant la traduction [lente et difficile, l'écriture de FFORDE et les incessants jeux de mots ne facilitant pas la tâche de la pauvre traductrice] des suites directes, il est déjà possible de s'initier à cet univers très personnel, unique en son genre et divertissant.

Dans cette Angleterre parallèle où la guerre de Crimée dure encore et où les dirigeables n'ont pas été détrônés par les plus lourds que l'air, la littérature est un enjeu de pouvoir et de passion. Les marchés de livres d'occasion sont plus dangereux que les Galeries Lafayette au premier jour des soldes, et des commandos pro-SHAKESPEARE affrontent régulièrement les pro-BACON.

Dans ce monde très pyramidal, de mega-corporations font les gouvernements [en particulier GOLIATH, entité nord-américaine qui tient l'Angleterre par les joyaux de la couronne, traçant un parallèle limpide entre fiction et réalité], les services de police sont nombreux et organisés. Les Opérations Spéciales s'échelonnent de 1 à bien plus [le chiffre varie allègrement]. On murmure que les Opspé 1 forment la police des Opspé. Les autres sont spécialisé dans la surveillance de manuscrits ou la destruction des loups-garous en passant par quantité d'autres fonctions toutes aussi improbables.

Au beau milieu de ce chaos organisé, Thursday Next est l'héroïne parfaite. Célibataire, blessé par un amour déchirant [et déchiré], meurtrie par son expérience guerrière en Crimée, elle est la femme idéale pour sauver la terre du mal absolu, l'infâme Achéron Hadès, dont les agissements ignobles lui valent sans difficulté le titre d'ennemi public numéro 3 [les n°1 et 2 restent mystérieux...] Alors quand ce monstre décide de kidnapper Jane Eyre, remettant en cause l'avenir même d'un roman vénéré par la quasi totalité de la population, Thursday Next entre en jeu. Il lui suffit de pénétrer dans le roman via le Portail de la Prose, passage transdimensionnel inventé par son oncle.

La suite est un doux délire qui pioche dans les canons science-fictionnesques [voyage temporel, l'uchronie ou les mondes parallèles], avec quelques trouvailles supplémentaires. Cet apparent détachement et ce jeu permanent avec la lecture [dans son ensemble, c'est-à-dire ce qui s'étend entre l'oeuvre et le lecteur, mais aussi ce que ce dernier en fait] permet à FFORDE de mélanger les genres, même si le squelette général relève avant tout du thriller et de ses codes habituels : quelqu'un fait quelque chose de mal et il faut l'arrêter [cf. l'interview].

Prouesse non négligeable, au Royaume-Uni Jasper FFORDE a réussi à emballer un large lectorat [de 7 à 77 ans ? Presque] malgré des scénarios abracadabrants et un second degré permanent. Jasper FFORDE abat les barrières qui séparent les genres et piocher ce qu'il veut là où il veut. Au final, nous avons une littérature. Et c'est déjà beaucoup.

Alors que les Français passent encore beaucoup de temps à contempler, impuissants, le long balai qu'ils s'enfoncent eux-mêmes dans l'anus dès qu'on fait ne serait-ce qu'évoquer le fantastique dans l'Art, les Anglais, eux, l'assument d'entrée de jeu. De TOLKIEN à WELLS en passant par PEAKE et SHAKESPEARE, leurs classiques regorgent d'éléments surnaturels. Cette ouverture d'esprit bien rare dans la littérature mondiale permet à FFORDE de se lâcher en imaginant un monde crédible [c'est là qu'est le génie] entièrement basé sur le respect absolu de la chose écrite.

Là où "L'affaire Jane Eyre" est de facture classique [au beau milieu d'un festival de délires variés, tout de même], "Délivrez-moi !" pousse l'absurde encore plus loin en faisant intervenir la Brigade Temporelle qui joue double jeu avec Goliath et éradique de l'histoire l'amant de Thursday. Pour le retrouver, celle-ci est évidemment prête à tout, surtout à pénétrer de nouveau dans l'univers si particulier des livres, via la Jurifiction, la police intérieure de la littérature...

Décidément épatant, Jasper FFORDE fait encore mieux avec ce deuxième roman qu'avec le premier ! Plus foutraque, plus impertinent, "Délivrez-moi" explore plus loin les perspectives ouvertes par "L'Affaire Jane Eyre". La technique du clonage débouche ici sur des absurdités drôlatiques, comme la multiplication des dodos domestiques, les migrations de Mammouths [très goûtées des touristes] ou la résurrection de Néanderthals étonnament poètes et un peu trop sensibles.

Les voyages temporels de Thursday avec son père sont d'une invention qui pourrait inspirer bien des auteurs de SF. Ses voyages dans les grands classiques de la littérature sont des moments de joie pure. Ils permettent par exemple de convoquer à quelques pages d'écart le Chat de Cheschire [vous savez, celui qui disparaît en laissant son sourire flotter quelques temps en l'air] et le juge impitoyablement absurde du "Procès" de KAFKA. Comment ne pas savourer un sens si savoureux - de la parodie ?


Parfaitement irrésumables, l'intrigue des deux romans n'en manque pas moins de sel ni de cohérence. Avec beaucoup de brio et une morgue inégalable, FFORDE se joue des impossibilités avec un plaisir et une joie communicatifs. Ces livres allient intelligence, originalité et divertissement. De quoi mettre tout le monde d'accord, alors qu'on n'y trouve aucune forme de consensus.

Autant dire que FFORDE tape juste et fait dans l'inédit. C'est très bien, mon garçon. Continuez.

(Source l'excellent site du Cafard Cosmique: http://www.cafardcosmique.com/Jasper-FFORDE )