Bonjour à tous, je viens de vous rejoindre sur la sollicitation de Fersenette. je lui communiquais récemment mon goût pour le polar mais avant tout cinématographique (et bien voilà qui constuera ma première intervention dans ce domaine).
En effet ce qui m'interresse avant tout c'est la constitution d'un univers visuel qui soutient une histoire.
Je ne recherche pas la fidélité à un écrit en particulier, ce qui m'importe c'est la capacité du scénariste à transposer une histoire pour qu'elle devienne visuelle vivante et la capacité d'un réalisateur, à transposer la lumière, choisir l'expression des lieux, soutenir le jeu des acteurs. Enfin un montage, une structuration du récit qui fasse progresser l'histoire en suscitant effroi et interrogation.
Citons à ce titre quelques référence du genre : Série Noire,The Barber, l'Ultime Razzia, la Clef (récemment saluée sur mon Blog), Mélodie en Sous-sol, French-Connection, Bullit, U-turn, Plein soleil, The conversation, Réservoir Dog....
Au niveau série télévisuelle, ne pas manquer "The Wire" ("sur écoute" en français) qui décrit en 4 saisons à la fois le contexte social de Baltimore mais aussi le circuit de la drogue du consommateur en passant par ses vendeurs, jusqu'au blanchiment de l'argent qui en découle - l'intérêt réside dans la description des micro-systèmes mais aussi dans les motivations diverses et variées de chaque personnage. on assiste à un véritable balai, on y décrit bien les techniques , et le langage, on rencontre le poids de l'administration et de la hiérarchie. Quelques similitude dans la description d'ensemble avec Trafic de Soderberg. Certainement de loin le meilleur des séries policières de la décénie.
A bon entendeur, votre serviteur.
Ce romancier étasunien est décédé le 7 septembre 2008 à l'âge de 71 ans. Brillant journaliste, plusieurs fois primé, il avait créé un personnage rebelle et insouciant, appelé Fletch qui fut le héros de mulitples romans et meme adapté au cinéma. Puis un jour Gregory a croisé la misère. Il a découvert dans son pays la pauvreté et a été marqué à telle enseigne qu'il a écrit THE BRAVE un roman choc dans lequel il racontait la vie des laissés pour compte aux Etats-Unis où son personnage vendait sa propre mort filmée pour pouvoir donner quelques dollars à sa famille. Johnny Depp portait le livre à l'écran mais Grégory n'a jamais retrouvé le succès obtenu avec Fletch. Il est des sujets qui fâchent et je crois pour en avoir parlé avec lui, que Grégory ne s'est jamais remis de cette situation et de ce manque de reconnaissance. C'était un homme bon et sympathique et je suis triste ce soir d'apprendre qu'il nous a quittés.
26 AU 28 SEPTEMBRE
LA BASTIDE DE SEROU (ARIEGE)
3 AU 5 OCTOBRE
VILLENEUVE LES AVIGNON (VAUCLUSE)
18 ET 19 OCTOBRE
COGNAC (CHARENTE)
22 AU 24 OCTOBRE
PARIS XIII
25 OCTOBRE
ASSEMBLEE GENERALE ASSOCIATION 813 A PARIS
PROCLAMATION ET REMISE DES TROPHEES 2008
14 AU 16 NOVEMBRE
LAMBALLE (COTE D'ARMOR)
15 ET 16 NOVEMBRE
VIENNE (ISERE)
5 AU 7 DECEMBRE
MONTIGNY LES CORMEILLES (VAL D'OISE)
Depuis quelques années, le thème de l'écologie domine l'œuvre de Pascal Dessaint. Déjà en 2003, son roman Mourir n'est peut-être pas la pire des choses fustigeait le comportement d'écologistes inconséquents qui peuvent devenir criminels pour protéger une grenouille.
Deux ans plus tard, Loin des humains se faisait l'écho de la catastrophe de l'usine chimique AZF de Toulouse dont l'explosion en septembre 2001 provoqua plusieurs dizaines de morts et des milliers de blessés et traumatisés. Dans Cruelles natures (2007), Pascal Dessaint abandonne pour la première fois Toulouse, sa ville d'adoption, au profit du parc naturel de la Brenne, dans l'Indre. C'est dans ce décor qu'évolue Antoine, un écologue (respect de la vie, protection de la nature) qui passe ses journées à comptabiliser les morts d'animaux un peu partout, dans les forêts et sur la route. Cette occupation, devenue obsessionnelle, l'a conduit à négliger Myriam, sa compagne avec laquelle il cohabite comme s'il s'agissait d'une étrangère alors qu'elle avait tout abandonné pour vivre à ses côtés. Passé maître dans l'art du récit polyphonique, Pascal Dessaint fait alors entendre une seconde voix, celle de Mauricette, une jeune fille qui galère dans le Nord avec deux copains encore plus paumés qu'elle. Le trio essaie de dévaliser un bar–tabac de Dunkerque puis Mauricette partira en Brenne, à la recherche de Myriam, sa mère. L'art de l'écrivain est de relier ces deux récits pour en faire une histoire unique conclue par un final lyrique époustouflant. De son écriture si singulière, il raconte avec force les vies brisées, les destins inéluctables de tous ceux-là, pratiquement perdus d'avance qui sont devenus des laissés pour compte. À côté, d'autres vivent dans la cécité de leurs sentiments, cécité qui s'accompagne de comportements coupables et lâches. Dans ce roman où la nature est décrite de façon flamboyante, voire envoûtante, on sent sourdre une menace incertaine provoquée par des hommes aveuglés, aux comportements irresponsables contre la Nature dont ils dépendent et finalement contre eux-mêmes. Cruelles natures évoque toutes les natures, la flore et la faune indispensables pour perpétuer la vie, mais aussi celle de l'homme et de ses contradictions dont Antoine fournit l'illustration vivante. Pour la première fois, Pascal Dessaint écrit sur Dunkerque sa ville natale et ce retour aux sources constitue son livre le meilleur publié à ce jour. Avec Cruelles natures , il rejoint le cercle restreint de ces écrivains qui ont pris l'humanité à témoin pour raconter le monde contemporain. Une adaptation de ce livre pour le cinéma est en cours.
Bibliographie : Cruelles natures, Pascal Dessaint, éditions Rivages/Thriller, 222 pages, 16 euros.
La santé de la planète est aujourd'hui une exigence majeure. Le sujet est également devenu actuel dans le roman noir. Petite promenade à travers quelques-uns de ces livres mais la liste est loin d'être complète. Vous pouvez aider à l'étoffer en ajoutant des titres manquants.
Les années 70 portent la trace des premiers textes traitant de l'écologie. L'Étasunien Michael Collins, créateur du détective privé Dan Fortune, personnage toujours du côté des laissés pour compte, aborde ce thème en 1971 dans Le Vent mauvais (1) où la fille du maire de Dresden, fervente écolo, est assassinée. L'enquête révélera qu'elle était opposée à son père sur des questions de pollution. Un autre Collins, Max Allan de son prénom, pose déjà en 1986 dans La Polka des polluants(1) la question du stockage des déchets dangereux Que deviennent-ils par exemple dans cette usine productrice de dioxine utilisée par l'armée américaine pour défolier la nature vietnamienne ? Nul ne le sait ou ceux qui savent n'ont guère l'occasion d'en parler car cette usine dénombre un taux élevé de suicides parmi son personnel. Fable sociale, La Grenouille aux pattes d'or (1) de Jonathan Fast dresse le portrait d'un sénateur qui soutient un groupe écologiste défenseur d'un marais à grenouilles contre la construction spéculative. En réalité, l'élu a prévu de faire voter un projet de loi pour exploiter le sous-sol riche en pétrole. En 1983, dans La Danse de l'ours (2) Milo, le détective créé par James Crumley, démasque une société qui sous couvert de traitement des ordures ménagères est une multinationale pratiquant la vente d'armes et de drogues. Habitué à décrire des policiers marqués par les horreurs qu'ils côtoient, Joseph Wambaugh, aborde aussi l'écologie dans le truculent Une semaine d'enfer (3). Il dénonce les dérives suscitées par l'appât du gain qui conduisent des industriels à déverser les déchets chez le voisin, dans un ravin mexicain plutôt qu'à les traiter. Le plus ancien militant sur ce thème, le progressiste John Ross MacDonald, introduira dans deux de ses derniers romans la notion de « crime écologique ». Il en est ainsi de l'incendie de la forêt de Santa Teresa déclenché pour dissimuler un meurtre (L'Homme clandestin (4), 1971) et de l'explosion d'une plate-forme de forage qui provoque une marée noire sur les côtes de Californie (La Belle endormie(4), 1973). Avec la même volonté d'alerter ses lecteurs, Georges J. Arnaud dénonce les méfaits des multinationales de la chimie (Plein la vue (5), 1976) et les menaces de l'industrie nucléaire (La Dalle aux maudits (5), 1974 et Brûlez-les tous ! (5), 1978), un thème également présent dans Meurtre au premier tour(6) qui marque en 1982 les débuts dans le roman noir de Didier Daeninckx où son inspecteur Cadin enquête sur la mort d'un militant écologiste.
Signe des temps et des urgences, ces thèmes exceptionnels dans le polar des années 70/80, ont tendance à se multiplier aujourd'hui avec en 2002, Royal cambouis (1) de Colin Thibert qui traite de déchets militaires et de gaz toxiques. Dans En direct (1994) de Norman Spinrad, le groupuscule des Brigades vertes, investit une station de télévision de Los Angeles pour faire entendre ses revendications écologiques. Gangraine(1) d'Elizabeth Stromme, dénonce en 1994, « l'agrobusiness », c'est à dire la tentative de main mise des multinationales sur le marché agricole. Le journaliste Carl Hiaasen ridiculise avec humour en 1991 les pollueurs dans Miami Park (2) où pour défendre la nature, deux mamies octogénaires affrontent la Mafia qui vient d'inaugurer un parc d'attraction dénaturant les côtes de Floride. Fervent écologiste, C. J. Box, qui habite l'état du Wyoming, consacre tous ses romans à Joe Pickett, un personnage de garde-chasse confronté aux exactions des pollueurs mais aussi des écologistes terroristes.
(1) Série noire, Gallimard, (2) Albin Michel ; (3) Presses de la Cité ; (4) 10/18, Grands détectives ; (5) Fleuve noir ; (6) Masque.
LE ROMAN d'un CRIME
ET SES RACINES SOCIALES
Qualifier d'événement la réédition des romans de Sjöwall et Wahlöö peut sembler excessif et pourtant c'est un événement dans la mesure où les romans écrits à quatre mains par ce couple de communistes suédois ont eu des répercussions profondes, d'abord chez les polardeux suédois, mais bien au-delà dans les autres pays nordiques. Leur premier roman, Roseanna, parait en 1965. À cette époque, la reine du polar suédois se nomme Maria Lang. Docteur en philosophie et directrice d'école, on la surnomme « la Agatha suédoise » pour ses romans dans la tradition du kikafélkou. Ces polars classiques qui dominent la production depuis le début du XXe siècle ont une fonction uniquement distractive. L'auteur ménage quelques pistes pour inciter le lecteur à découvrir le coupable avant qu'il ne soit démasqué par le détective de service. Le crime ne paie pas, c'est bien connu.
Le projet de Maj Sjöwall et de son époux Per Wahlöö est nettement plus ambitieux. Tous les deux journalistes, tous les deux marxistes, ils décident d'écrire un cycle intitulé « roman d'un crime » qui comprendra dix titres. C'est un véritable projet politique concrétisé par une analyse minutieuse de la Suède présentée en ce temps-là comme un modèle de société. Dans chacun de leurs romans, on est loin, bien loin du « paradis suédois ». Ils s'attachent au contraire à disséquer les mécanismes criminels pour mettre à nu les racines sociales du crime afin que chacun de nous puisse les identifier. De la sorte, ils mettent en accusation le libéralisme capitaliste de façon globale et sur le plan local, la social-démocratie suédoise est accusée de trahir les travailleurs, en bafouant ses engagements. Examinons à présent les personnages qui sous-tendent ce projet. Même si on évoque toujours les enquêtes du commissaire Martin Beck, ici l'enquêteur devient collectif. C'est une équipe regroupée autour du chef et plus ou moins inspirée par les inspecteurs du 87e de l'Américain Ed McBain. Le pivot du groupe, Martin Beck, n'a rien de l'enquêteur superbe et flamboyant qui résout chaque cas en un minimum de temps et par simple déduction. Ces temps-là sont révolus. Beck est un gros fumeur, grand buveur de café, dépourvu de toute hygiène alimentaire. Méthodique et infatigable, c'est un homme de terrain qui recueille les témoignages et interroge les suspects jusqu'à l'épuisement tandis que son mariage se délite progressivement à l'image de ces couples jadis amoureux et qui aujourd'hui, n'ont plus en commun qu'une adresse et des enfants. Son adjoint, Lennart Kollberg, ancien commando parachutiste est le plus enjoué du groupe mais il ne porte plus d'arme depuis qu'il a accidentellement abattu un collègue. Gunvald Larsson, dandy et fils de famille reste proche de Beck bien qu'adepte des méthodes expéditives. Autour de ce trio de choc gravitent Melander très assidu dans sa fréquentation des toilettes et Stenström le benjamin qui connaîtra une fin tragique dans le volume 4, Le Massacre de l'autobus.
Val McDermid, romancière écossaise réputée, qui a préfacé l'une des rééditions juge sans égales les intrigues du couple « aux plans de la structure comme du sujet [...] ils nous bercent gentiment en laissant croire qu'ils vont aborder un genre d'histoires bien connu, puis nous lâchent soudain dans un contexte totalement différent » et elle conclue en notant qu'ils « trouvent toujours des astuces pour prendre le lecteur à revers et lui faire remettre en question sa conception du monde ».
La traduction des deux premiers titres réédités chez Rivages a subi quelques retouches, en effet la première édition parue en 1970 [avec pin-up dénudée en couverture, donc sans rapport avec le livre], n'était pas traduite du suédois, mais de la traduction anglaise. Roseanna est le nom d'une jeune Américaine de 27 ans dont le corps est retrouvé dans un canal proche de la bourgade de Motala. Elle a été victime d'un maniaque sexuel. L'Homme qui partit en fumée se déroule en grande partie en Hongrie où un journaliste suédois a disparu. Le ministère des affaires étrangères suédois qui ne veut pas d'histoire avec le bloc de l'Est, envoie Beck en mission.
Il était dommage que ces romans ne soient plus disponibles et l'initiative des éditions Rivages est à saluer en souhaitant que de nombreux lecteurs se lancent à leur tour à la découverte de ces petits bijoux. Des petits bijoux qui ont suscité des vocations chez Henning Mankell, Gunnar Staalesen et des dizaines d'autres romanciers nordiques.
Pour conclure, voici une anecdote que je trouve savoureuse : dans le dixième et dernier volume, Les Terroristes (1975), une jeune femme assassine un premier ministre qui n'a pas tenu ses promesses. Huit ans plus tard, le premier ministre suédois fut effectivement assassiné. Maj Sjöwall avec qui j'ai sympathisé depuis plusieurs années, m'a confié qu'un journaliste lui avait téléphoné peu après le meurtre en l'accusant : « tu es contente, tu as réussi ce que tu voulais ». Pendant ce temps, un autre journaliste titrait pleine page « ah ! si Martin Beck était là, il trouverait le coupable ».
Bibliographie :
Maj Sjöwall et Per Wahlöö : Roseanna (Rivages/Noir n° 687), 313 pages, 9 euros; L'Homme qui partit en fumée (Rivages/Noir n° 688), 262 pages, 8,50 euros.
En classant des archives, j'ai retrouvé un hymne auquel sont sensibles les auteurs de polars que je connais. Je ne résiste pas au plaisir de vous communiquer le refrain ainsi que deux couplets. Il y en a quatorze.
Ce refrain a été adapté dans d'autres langues lors des journées RPR (Roman Policier Rural) qui se tenaient au mois d'août chez moi avec une vingtaine d'auteurs et de lecteurs de polar durant toute une semaine en 1994 et 1995.
LE PINARD C'EST DE LA VINASSE
Hymne de la section française de l'internationale des Alcooliques
Unanimes (SFIAU)
Dans le désert, on dit qu'le dromadaire
N'a jamais soif, mais c'est des racontars,
S'il ne boit pas, c'est qu'il n'a que d'l'eau claire,
Il boirait bien s'il avait du pinard.
Le pinard c'est de la vinasse
Ça réchauff' par où c'que ça passe
Vas z'y Bidasse, remplis mon quart
Vive le pinard, vive le pinard
On tu' les poux avec l'insecticide,
On tu' les puc's avecque du coaltar,
On tu' les rats avecque des acides
Et le cafard en buvant du pinard.
On tue les
Le pinard c'est de la vinasse
Ça réchauff' par où c'que ça passe
Vas z'y Bidasse, remplis mon quart
Vive le pinard, vive le pinard.
Versions étrangères créées aux journées polar de 1994
ALLEMANDE
Der rote wein ya das ist weinasse
Es wârme uns ais es ist getrunk
Zoldat Helmut erfülle mein glas
Heil rote wein, heil rote wein
ANGLAISE
Red wine Yes it is Winass
It warms the neck when it'swallowed
Hey bloody guy fill up my pint
Long life to wine, long life to wine
ESPAGNOLE
Pinardo es como vinassa
Y calienta por donde pasa
Hola milico Ilena mi quarto
Viv'el pinardo, viv'el pinardo
CREOLE (ILE MAURICE)
Ti divin ça même la vinasse
Ça chauffé par coté ça passé
Kamoide Bidasse rempli no la noque
Viv'bon divin viv'bon divin
Un nouveau Stephen King a débarqué dans les librairies voilà une quinzaine de jours, le 1er avril.
Cependant, même si son nom figure une fois encore en caractères énormes sur la couverture, bien plus énormes que le titre lui-même, ce n'est pas une nouveauté du maître de l'horreur, pour deux raisons.
« Blaze », fausse nouveauté !
La première est qu'il s'agit d'une nouvelle qu'il avait écrite sous son pseudonyme Richard Bachman (avec lequel il a également publié, entre autres, « Les régulateurs », « Chantier » ou « Marche ou crève »), et qui est vendue en tant que roman de « Stephen King alias Richard Bachman ». D'ailleurs, le roman a été publié en 2007 aux Etats-Unis sous le seul pseudonyme de Bachman, mentionnant simplement une préface de King.
La seconde est qu'il s'agit là d'un fond de tiroir, une nouvelle écrite en 1973 et restée tapie au fond d'un carton pendant plus de 30 ans. Reste que ce n'est pas exactement le manuscrit original qui a été publié, mais une version relue et corrigée par King.
Pourquoi ressortir, je cite « un inédit de King/Bachman miraculeusement retrouvé » ? Parce que celui-ci a plus ou moins refait surface au moment où il a été demandé à Stephen King d'écrire une nouvelle à publier dans une nouvelle collection, « Crimes terribles ». A cette époque (il y a à peine quelques années), King avait alors pondu un petit texte plutôt sympathique et baptisé « The Colorado Kid », pour lequel j'avais à ce propos rédigé un avis. Pas très fier de ce qu'il avait offert à cette collection (King considère d'ailleurs que sa nouvelle est la moins bonne de toute la collection, qu'elle n'est pas au niveau des autres...), il a alors repensé à ce vieux texte, « Blaze », et est parvenu à l'exhumer après moult recherches.
Relu, corrigé, voilà donc un inédit de Stephen King pour le plus grand plaisir de ses amateurs. Attention, toutefois, ce n'est pas ici du King pur jus, jouant sur le registre habituel de l'épouvante ou de l'horreur. « Blaze » est en effet un thriller, qui n'a d'ailleurs pas été ajouté à la collection « Crimes terribles » car il lui manquait un caractère polar suffisamment marqué. Sur la lignée de son dernier roman original en date, « Histoire de Lisey », Stephen King explore donc à nouveau un univers différent.
Je n'ai pas fait les présentations, mais j'imagine que tout le monde connaît désormais Stephen King, c'est pourquoi je ne vais pas me lancer dans une bio exhaustive...je ne vais même pas me lancer dans une bio du tout, juste signaler, pour ceux qui ne le sauraient pas, que Stephen King est l'un des auteurs les plus vendus dans le monde, qu'il a écrit de superbes romans tels que « Simetierre « , « Shining », j'en passe et des meilleures, mais également une fantastique saga d'héroïc fantasy baptisée « La Tout Sombre », qui comporte pas moins de 7 tomes.
L'histoire de « Blaze » est toute simple
Clay Blaisdell, alias Blaze, est un gaillard de deux mètres, 120 kilos, qui a eu le cerveau endommagé suite aux multiples violences que lui a fait subir son père dans sa jeunesse.
Placé dans un foyer, il a grandi sous les coups des uns et des autres, surtout des dirigeants de son centre pour jeunes paumés, les jeunes de son âge le craignant beaucoup trop au vu de sa carrure imposante. Une fois adulte, il s'est mis à tremper dans diverses combines plus ou moins ambitieuses, faisant de lui un gagne-petit au cerveau ramolli et à l'ambition nulle. Flanqué de son copain de galère George, ils ont élaboré le plan du siècle : le kidnapping du nourrisson d'une riche famille de la région, afin de demander une rançon capable d'assurer leurs vieux jours.
Simplement, il y a un hic : peu avant le coup, George est mort...ou presque, continuant d'apparaître aux seuls yeux de Blaze, lequel est guidé en permanence par la voix et les commentaires de George. Peu importe, Blaze se sent de tenter le coup.
L'univers est familier
Le livre, lui, nous fait entrer dans un univers bien connu dès les premières lignes. Avant même qu'il ne débute, une longue préface rédigée par Stephen King explique l'histoire de ce manuscrit, et le pourquoi de sa publication aujourd'hui, alors qu'il fut écrit et terminé en 1973. Ce prologue est très intéressant à lire, et permet d'en connaître un peu plus sur ce qui fait avancer King aujourd'hui, après plusieurs décennies de succès (et surtout des dernières publications en demi-teintes, si ce n'est peut-être « Cellulaire » qui n'était pas mal du tout, renouant avec le King de la grande époque).
Une fois cette préface achevée, c'est parti pour un récit qui n'est certes pas très long (330 pages environ), mais qui ma foi se révèle plutôt réussi.
Ce qui frappe dès les premières pages, c'est ce ton incomparable qu'a King, cette manière d'écrire qui est reconnaissable entre mille. C'est ainsi que d'entrée, c'est comme d'enfiler une bonne paire de pantoufles : on y est bien au chaud, confortable, et on n'a rien à demander de plus. Même chose ici, on entre immédiatement dans le récit, et on se laisse ensuite porter par l'intrigue.
Le découpage du roman est quant à lui assez classique
On entre de plain-pied dans l'histoire avec des premières pages nous relatant une combine à moitié foireuse de Blaze et George, avant que l'on n'apprenne finalement que George n'est que dans la tête de son compère...Le reste est très simple : alternance (réussie, toutefois) de passages relatant l'époque actuelle avec des passages sur la jeunesse de Blaze, son enfance, son adolescence : bref, tout ce qui a conduit à faire de lui ce qu'il est aujourd'hui. Bref, un mode de narration que King affectionne, et maîtrise à plein, permettant d'enchaîner les époques et ainsi de faire connaissance de manière plus précise avec son personnage principal. Le rythme est assez ronronnant, mais suffisant toutefois pour maintenir le lecteur en alerte : ceci grâce, comme toujours, à l'abondance de détails venant donner un corps solide aux personnages à qui King donne vie sous nos yeux. Une fois encore, l'action se déroule dans le Maine, territoire favori de King, et il y fait mention de quelques lieux déjà exploités dans ses romans précédents, comme la prison de Shawshank, théâtre principal de l'action de la nouvelle « Les évadés » portée à l'écran avec Tim Robbins et Morgan Freeman en têtes d'affiche. L'ensemble est donc plutôt linéaire et convenu, ce qui permet, par ailleurs, de mettre un peu plus l'accent sur les détails des personnages.
Le personnage principal, le fameux Blaze, est attachant
C'est un talent indéniable de King : parvenir à rendre ses personnages vivants, leur créant une vraie identité, allant loin dans le détail, pour nous en donner assez à se mettre sous la dent, sans pour autant créer une vraie mythologie pour chaque personne qu'il invente. D'un abord plutôt peu intéressant, on s'aperçoit au fur et à mesure que Blaze est en fait quelqu'un de très attachant. En dépit de la façon qu'il a de gagner sa vie, avec ses arnaques minables ou ses coups à 300 dollars (le rendant fou de joie, cela dit), on sent que c'est un personnage bon, qui porte la gentillesse en lui. C'est ainsi qu'on a parfois du mal à comprendre qu'il mène une telle vie : reste qu'étant assez benêt parfois, il semblerait que son mode de vie lui ait été dicté par les personnes qu'il a croisées sur sa route et qui ont su l'influencer au point de le faire tomber dans la débrouille.
En tout cas, on en vient à s'attacher à lui, et comme d'habitude, King nous raconte ses actions, mais nous fait entrer aussi dans sa tête, ne nous faisant pas perdre une miette de ses pensées, ses doutes, ses souvenirs...
L'histoire se laisse lire
Même si j'ai trouvé que le roman n'avait pas une force narrative grandiose et que l'histoire n'était pas excessivement captivante au début, c'est un roman qui se laisse lire.
D'autant qu'au fil des pages, l'histoire gagne en intensité et qu'il devient difficile de décrocher une fois que l'on s'est plongé dans les pages de ce roman. L'alternance entre passé et présent fait malheureusement parfois retomber le soufflet, à des moments où un poil d'action supplémentaire aurait été le bienvenu. Reste que le tout est assez fluide, même si parfois l'abondance de détails paraît un peu redondante, voire inutile. Mais c'est ainsi qu'écrit King, créant des univers à un degré de détail tel qu'on peut facilement se les imaginer dans leur intégralité. Et forcément, il n'a pas on pareil pour décrire ces fameux coins du Maine qu'il connaît comme sa poche.
Les 330 pages, en tout cas, peuvent s'avaler d'un trait, ce que j'ai fait : une fois le livre ouvert, je me suis laissé prendre au jeu et ai lu le livre d'une traite, espérant secrètement que celui-ci décollerait vers des sommets un peu plus élevés que ce qu'il n'atteint, mais me régalant à chaque page de pouvoir me nourrir d'une nouveauté de l'un de mes auteurs favoris.
Le plus réussi, à mon avis, est tout de même la dernière partie du livre, qui sait allier à la fois suspense et rythme : effet garanti, ces dernières pages ne peuvent se lire qu'en une seule fois, on est pris dans l'histoire et pressé d'en connaître le dénouement, même si un flash-back certes intéressant mais placé de manière un peu étrange vient couper le rythme.
Je le répète encore, mais c'est important : il s'agit d'un thriller, donc il n'y a rien d'étrange ou de paranormal tout au long de ce livre, juste l'histoire d'un (voire deux ?) gars paumé(s) qui croit avoir planifié le coup du siècle pour en sortir de sa/leur petite(s) vie(s) de misère.
Le principal moteur de ce livre, qui laisse le lecteur plein de questions, c'est de savoir quel est le problème de Blaze...simple schizophrénie, ou bien George est-il vraiment encore là, en tant que fantôme. Aucune réponse n'est bien entendu apportée, ce sera à chacun de se faire sa propre idée.
Dans le genre, j'ai trouvé que ça n'atteignait pas les sommets d'un Michael Marshall, par exemple, mais c'est un roman correct. Probablement moyen pour qui n'est pas spécialement fan de Stephen King et qui est habitué à lire d'autres auteurs de polar ou de thriller. Mais un cran au-dessus pour ceux qui, comme moi, apprécient ce qu'écrit King depuis toutes ces années.
Conclusion : « Blaze », à lire ou pas ?
Tout livre (ou presque) est bon à lire !
Celui-ci, en tout cas, permet de passer un très bon moment et d'explorer un univers que King n'a pas très souvent exploité, le thriller pur, sans artifices « épouvantables ».
Le style King est reconnaissable dès les premières lignes, et il y a sans doute peu d'auteurs comme lui capables de prendre le lecteur par la main et de le faire littéralement entrer dans son bouquin, ne le lâchant qu'à la dernière page, au dernier mot, avec un petit pincement au cœur lorsque l'histoire s'achève. C'est ce qui m'est arrivé : j'ai eu le sentiment que le roman se lisait vite, trop vite, et que la dernière page arrivait bien trop tôt...
Dans tous les cas, ce livre est un bon roman. Sorti en grand format chez Albin Michel, l'éditeur attitré de King en France, il coûte quand même 20€, ce que je trouve un peu cher au vu de la brièveté du récit. Reste que si votre bibliothèque l'a dans des rayons, ou que vous pouvez vous le faire prêter, foncez, car il y a peu de chances que vous le regrettiez.
Merci de vos lectures.


